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1960-1975. Les années du grand tournant, le vrai «  », selon Patrick Buisson, celui d’Homo sacer par Homo consumens. En un peu plus d’une décennie, tous les artisans de la – progressistes de tout poil, curés défroqués, féministes post-marxistes adeptes de la « French Theory », etc. – se sont consciencieusement évertués, pierre après pierre, à desceller, démanteler, désosser le lourd et majestueux édifice des mœurs, des croyances, des coutumes patiemment élevé par nos aïeux depuis les premières lueurs de la civilisation. Quinze années décisives, « quinze piteuses », qui éclairent rétrospectivement notre actuelle chienlit hypermoderne.

Nous devons savoir infiniment gré à Patrick Buisson, chaussé de ses lunettes d’historien et de sociologue, d’avoir pris le temps de disséquer et dépecer cette ère si courte mais ô combien ! dense et dévastatrice au cours de laquelle la modernité, traduction philosophique du capitalisme devenu consumériste, a opéré non pas une transmutation nietzschéenne des valeurs mais bien leur inversion, sinon leur permutation. Pour Buisson, il ne fait aucun doute que nous sommes entrés dans une ère de décadence dès l’instant que tout a concouru à la destruction méthodique de toute culture populaire.

Cela a, en effet, commencé par le concile Vatican II qui allait désorganiser, désordonner, désarticuler tout un écosystème anthropologique occidental aux équilibres subtils en s’en prenant aux murs porteurs qu’étaient l’Église, ses rites, ses piétés multiples, ses dévots, ses fidèles, ses servants, ses anges, ses saints, sa hiérophanie, bref, tout ce qui faisait, depuis des siècles, la trame épaisse et complexe de nos us, de nos coutumes, de notre culture, de notre art de vivre, de notre littérature, de notre architecture, de notre Weltanschauung.

Pour la première fois dans l’histoire de l’Église et de la chrétienté, occidental allait être exfiltré de la de ses pères dans un mouvement de submersion absolue que Buisson qualifie, en reprenant le mot du sociologue François-André Isambert, d’« exchristianisation », réalisant ce que Bernanos fustigeait comme étant la « conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure ».

Cet effondrement conciliaire de l’Église des humbles, mêlée de paganisme, de ritualisme festif, de fidéisme sentimentaliste, au prétexte de revenir aux sources originelles du primitif supposément plus pur, allait progressivement vider les églises, leurs troncs et leurs confessionnaux, tandis qu’une néo-prêtrise bourgeoise et intellectualisante, en habit de ville, narcissique et infatuée, descendra de sa chaire pour supplanter Dieu au milieu de brebis égarées tout d’abord, qui s’égailleront ensuite.

Ces murs porteurs une fois mis à bas, les fondations civilisationnelles devaient inexorablement commencer à se lézarder, jusqu’à laisser place à d’incoercibles béances. Puisque Dieu le Père Tout-Puissant avait chu, c’était au tour du pater familias et, avec lui, du principe d’autorité de déchoir. Buisson rappelle opportunément le lien indissociable qui unissait, de toute éternité, l’autorité du père à celle du Ciel, le « patriarcat » au « monothéisme ». La chute du père devait s’accompagner, sous les coups de boutoir d’un radical et militant, d’un vaste mouvement de dévirilisation des valeurs attachées à la masculinité, tandis que la féminisation des mœurs recouvrait la de son long manteau d’émollience et d’hédonisme, consacrant l’assomption de « l’homme mou » et la « débandade de l’homme blanc ».

De manière convaincante, Buisson, foin de toute provocation, dresse un implacable constat social, sociétal, moral, intellectuel et spirituel de notre décivilisation en cours et donne les clés de compréhension d’un monde qui s’ébroue dans une horizontalité existentielle où le nihilisme et le matérialisme se sont substitués à la sacralité substantielle, verticale et transcendante des anciens.

NDLR : on reverra le long entretien que Patrick Buisson a donné à Boulevard Voltaire à l’occasion de la sortie de son livre La Fin d’un monde.

24 mai 2021

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