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Avec Chard, qui officie fidèlement à Présent, sans oublier Pinatel, autre dessinateur historique de la presse non conformiste en quasi-, Ignace peut faire figure de dernier des Mohicans. En effet, ce petit diable persiste à exercer ses talents chez nos confrères de TV Libertés et de Soir, même si le quotidien jadis fondé par Lazareff n’est plus, aujourd’hui, qu’un site Internet comme les autres, alors qu’il vendait jusqu’à un million d’exemplaires chaque jour, au siècle dernier.

Ignace, donc, vient de publier son dernier recueil de dessins. Comme toujours, le crayon y est habile et l’humour acéré. Pourtant, il n’y a rien de méchant en ce dessinateur connu dans toutes les rédactions dissidentes pour être le plus gentil des hommes. Ce qu’il confirme en déclarant : « Le côté gentil me poursuit. On me reproche de rendre nos adversaires trop sympathiques, notamment les femmes. Dieu merci, je n’éprouve de haine envers personne. Néanmoins, en ces temps de dictature sanitaire, les protagonistes politiques et scientifiques deviennent caricaturaux. Ils jouent les protecteurs paternalistes, mais sont perçus comme des catéchistes rigoristes, qui nous promettent l’enfer si on ne respecte pas les gestes barrières. J’essaie dans mes dessins de mettre en lumière cet aspect. Et à l’inverse, je soigne un professeur Raoult qui “a de la gueule”, comme on dit, avec son look tout à fait à part. C’est une façon de lui rendre , ainsi qu’à tous ceux qui résistent courageusement au sanitairement correct. »

Homme de droite revendiqué, on ressent pourtant dans ses dessins une forte influence de Marcel Gotlib, l’une des plus belles plumes du défunt hebdomadaire Pilote, avant qu’il n’aille fonder L’Écho des savanes, puis Fluide glacial, et qui n’était pas tout à fait de droite, lui. Pour Ignace, rien de rédhibitoire : « Lorsque j’étais en cinquième, on remarquait mes dessins et un camarade de classe trouvait que j’avais le “style de Pilote”, mais je ne connaissais pas ce fameux Gotlib. Ce n’est qu’un peu plus tard que j’ai découvert les BD du maître. J’ai eu l’impression de rencontrer un père ; ou plutôt, j’étais son jumeau, arrivé une génération trop tard. Le créneau étant déjà pris, je n’avais plus rien à apporter. Et puis le temps m’a fait comprendre que je n’avais ni son génie ni sa personnalité. »

Pourtant, le jeune Ignace continue de creuser son sillon  : « À seize ans, je m’étais converti au royalisme puis, par ricochet, au catholicisme intégral. Je commençais à voir dans le dessin une finalité ajoutée à l’humour, celle de faire passer des messages ou des idées. Par ailleurs, c’était un moyen de gagner ma vie. Ayant été un élève médiocre et peu manuel, il n’y avait que le dessin pour me sortir de l’impasse. J’ai donc suivi une école de dessin publicitaire, histoire de me préparer à un métier digne de ce nom, tout en pensant bifurquer dès que possible vers le dessin d’opinion. »

Pour Ignace comme tant d’autres de ses confrères, le passage de la presse papier à celle Internet ne se fait pas tout seul : « Cela a été une véritable mue. Dans la presse papier, on peut se “lâcher”. Il faut simplement éviter les procès. Je passais presque pour une tête brûlée. Tandis que sur les , on est vu du monde entier. C’est la raison pour laquelle, sans doute, on me qualifie maintenant de gentil. Et puis je dis souvent qu’on peut choquer sans manquer à la charité. »

On ne saurait mieux dire que cet artiste, dont le recueil de dessins est un régal de chaque instant. La marque des grands, probablement.

13 février 2021

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