Pour avoir suivi les séismes politiques italiens récents, tenté d'anticiper (exercice périlleux en politique) et publié sur le sujet, je dois d'abord reconnaître que je ne pensais pas qu'une crise aussi virulente surviendrait aussi vite.

Matteo Salvini, vice-président du Conseil italien, ministre de l'Intérieur, homme fort du gouvernement de coalition, vient de réclamer, ce jeudi 8 août, des anticipées. « Prenons acte qu’il n’y a plus de majorité [...] et restituons rapidement la parole aux électeurs », a-t-il déclaré dans un communiqué. « Les Italiens ont besoin de certitudes et d’un gouvernement qui travaille… On n’a pas besoin de ministres qui bloquent les chantiers publics... Et donc, redonnons la parole aux Italiens. Nous, nous sommes au service du peuple italien ! » Effet de tréteaux ou coup de théâtre ? On se souvient que le président Conte avait, il y a peu, adjuré la Ligue et le M5S de cesser leurs disputes. On se souvient aussi que, lors des récentes européennes la Ligue avait connu un grand succès (désormais 37 à 39 % des intentions de vote) alors que son partenaire s'affaissait de moitié.

Pour comprendre cet imbroglio (mot italien), deux faits immédiats doivent être aussi rappelés ; l'un très politique est le rejet, au Sénat, d’une motion du M5S contre le projet ferroviaire Lyon-Turin. Ce qui signifie que les sénateurs de la Ligue ont voté contre le M5S et que la ligne de train se fera, alors que le M5S avait fait de l'arrêt du projet un point fort de son programme. L'autre fait est plus terre à terre mais hautement névralgique : la Cour de cassation italienne a confirmé, dans la nuit de mardi à mercredi, la confiscation par la Justice de 49 millions d'euros à la Ligue, décidée à la suite d'une fraude d'anciens responsables (ex-Ligue du Nord), ce qui obligera le parti de Matteo Salvini à les rembourser à l'État italien. Des fonds qui manqueront à Salvini pour sa campagne, sauf s'il arrive à les engager avant les saisies et les remboursements échelonnés !

Les italiens évoquent la date du 20 août pour le vote d’une motion de confiance qui ferait tomber le gouvernement, avec une dissolution du Parlement dans les jours suivants et des avant l'automne.

Lors d’une conférence presse tenue au siège du gouvernement, Giuseppe Conte, visiblement mécontent, a dit que Salvini devrait se présenter devant le parlement « pour expliquer aux électeurs ce qui le pousse à interrompre brusquement l'activité du gouvernement ». Et il est vrai que le corps électoral, dans quelque pays que ce soit, approuve rarement ceux qui déstabilisent une situation politique dont il espérait des réponses à ses inquiétudes et pas de nouvelles inquiétudes. La Ligue n'aura pas la majorité à elle seule : quel sera son nouvel allié pour que Salvini devienne président du Conseil ? Fratelli d'Italia, nettement plus dur ?

En Italie, comme au Royaume-Uni, en Allemagne, en Belgique, en Espagne, en France, la fragmentation de l'opinion sur l'Europe, le social, l'écologie et l'immigration provoque l'indécision du corps électoral et des tensions politiques internes qui se traduisent par des cassures fortes entre les politiciens, à l'image de celles qui opposent les peuples à leurs élus. L'Histoire nous rappelle que ce n'est jamais bon signe.

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9 août 2019

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