vient d’être rappelé en haut lieu, suite à une longue maladie, pour reprendre l’expression consacrée. Le nom de cet homme, aussi l’un de mes vieux amis, fortuitement, n’a que rarement eu les honneurs des gazettes : mais, tout homme de l’ombre qu’il fut, il n’en était pas moins l’une des historiques chevilles ouvrières d’un groupuscule tenu pour exotique à la fin des années soixante-dix, plus connu sous le nom de Front national.

Il est vrai qu’en cette époque hardie autant qu’hasardeuse, l’état-major du parti, militants y compris, tenait dans un trois pièces parisien, sis au 8 de la rue Bernoulli. Autant dire qu’on n’adhérait pas chez les lepénistes pour y faire carrière.

Par nos soins contacté, le Menhir se souvient : « Je viens d’apprendre la mort de Lionel. Je connaissais l’homme, je le respectais, je l’aimais. Il fut de ceux sans lequel tout cela n’aurait jamais été possible. » Et il est vrai qu’au siècle dernier, il fallait être un peu fou pour y croire.

Lionel Payet, de par ses origines ultramarines – il était de souche réunionnaise –, pratiquait un patriotisme à la fois vétilleux et inclusif. Certes opposé à l’immigration de masse, jamais il ne sombra dans les ornières identitaires. Pour lui, être Français consistait avant tout à aimer la France ; on a connu plus mauvais viatique. D’ailleurs, ceci expliquant probablement cela, son maître en politique n’était autre que le défunt Roland Gaucher.

Là, une parenthèse s’impose. Roland Gaucher, lui aussi aux origines du Front national, était une personnalité hors normes. Venu du trotskisme, il suit tout naturellement Marcel Déat au RNP, durant les années troubles de la guerre, avant de mettre sa connaissance du communisme et de ses réseaux au service de journaux tels que Minute. À titre d’exemple, c’est lui qui révèle le passé de travailleur volontaire de Georges Marchais dans les usines Messerschmitt. De ce passé de gauche, Roland Gaucher gardera toujours une sorte de fibre sociale et ouvriériste, fibre qu’il transmettra à Lionel Payet, sans avoir trop besoin de le forcer.

Ainsi, à la chute du mur de Berlin, en 1989, ils ne sont pas si nombreux, ces frontistes, à comprendre que les cartes sont rebattues et qu’il faut d’urgence changer de logiciel politique. Ce qui se vérifiera un an plus tard, lors de l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein : au bureau politique du Front national, Jean-Marie Le Pen, hostile à l’équipée néocoloniale qui se prépare, ne trouve que deux appuis de poids, celui de Roger Holeindre et celui de Roland Gaucher.

De son côté, Lionel Payet, qui, en tant qu’ingénieur de Thomson, multiplie les voyages à Bagdad, ne peut qu’approuver cette position allant à l’encontre de ces « fondamentaux », souvent fondés sur une indéniable paresse intellectuelle, régissant alors cette droite tenue pour camper à la droite de la droite.

Pareillement, et ce, en tant que bras droit de Roland Gaucher à la tête de National Hebdo, le défunt hebdomadaire lepéniste qu’on sait, il contribue à éviter que le parti ne sombre dans cette éternelle course à l’échalote qu’était déjà la fameuse « union des droites ». Et quand, à l’occasion de l’élection présidentielle de 1995, le politologue Pascal Perrineau évoque la naissance du « gaucho-lepénisme », le Front national étant devenu le premier parti ouvrier de France, Lionel Payet ne peut qu’exulter. En 1998, il sera encore l’un des gardes rouges les plus motivés dans la chasse aux mégrétistes et leur dérive droitière.

Bref, l’homme était précurseur en termes de populisme. Et si l’actuel Rassemblement national est devenu ce qu’il est, c’est également à un Lionel Payet qu’on le doit, malgré son fichu caractère, sa tignasse hirsute qui nous faisait dire à nous, ses amis, qu’il était aussi un peu ébouriffé de l’intérieur.

Quand on lui demandait de politiquement se définir, il répondait immanquablement être « gauchiste, tendance Roland ». Les deux compères sont désormais réunis, tout là-haut.

Gardez-nous une petite place au chaud, camarades ! Même si le plus tard sera évidemment le mieux…

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