Pour tenter de définir un traitement contre le coronavirus et d’en connaître l’efficacité, l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) a lancé, le 22 mars, une étude appelée pour tester, sur des malades du Covid-19 hospitalisés et gravement atteints, différents médicaments : un antiviral qui fut essayé lors de l’épidémie d’Ebola, hélas sans grand succès (le remdesivir), deux antiviraux habituellement utilisés pour lutter contre le VIH (le lopinavir associé au ritonavir), la combinaison de ces deux antirétroviraux avec l’interféron beta, et enfin l’hydroxychloroquine.

Il s’agit d’un essai ouvert, par opposition aux essais en aveugle ou double aveugle, c’est-à-dire que les patients et les médecins sont informés du traitement qui leur est délivré. Ces traitements sont attribués aléatoirement aux participants pour constituer des groupes distincts. L’objectif étant de recruter au moins 800 participants en et 3.200 au niveau européen, répartis en cinq groupes différents comprenant chacun autour de 600 personnes. La a recruté environ 700 patients, les autres devaient venir du Luxembourg, du Royaume-Uni, d’Allemagne, d’Espagne, des ou de la Belgique, mais cela a été un fiasco au niveau du recrutement européen : seuls quelques Luxembourgeois se sont joints aux Français pour participer à cet essai.

On peut se demander pourquoi nos voisins européens boudent cette étude. Peut-être ne la jugent-ils pas suffisamment utile, à moins qu’ils ne la trouvent trop onéreuse (entre 4 et 5.000 euros pour chaque patient recruté) et préfèrent participer, pour un coût moindre, à l’essai Solidarity initié par l’OMS.

En avril, les responsables de l’essai espéraient que l’Allemagne ou la Belgique rejoindrait cette étude. Mais plus le temps passe et plus le nombre de malades diminue, ce qui compromet grandement les chances de réussite de Discovery.

Pourtant, le 4 mai, le Président Macron a indiqué que des résultats étaient attendus quelques jours plus tard, mais on n’a rien vu venir. Cette étude qui se voulait exemplaire par la collaboration internationale et par le nombre de malades inclus devait faire un point définitif sur l’intérêt de certaines molécules (très onéreuses), surtout face à l’hydroxychloroquine (qui, dans cette essai, n’était pas utilisé, comme le préconise le professeur Raoult, en début de traitement mais chez des malades hospitalisés en état grave). Hélas, les médecins n’ont pu recruter qu’environ 150 malades testeurs dans chaque groupe thérapeutique, alors qu’on en espérait au moins 600, comme nous l’indiquions plus haut. On s’achemine donc vers un relatif échec.

Heureusement, les médecins généralistes n’ont pas attendu le résultat de toutes ces études pour traiter les malades avec des médicaments dont il connaissent bien les contre-indications et les effets secondaires, et avec des résultats qui, bien que difficilement appréciables en termes d’objectivité scientifique, ont permis, d’après les dires de ces praticiens – et pourquoi ne pas leur faire confiance -, d’éviter une hospitalisation et une aggravation qui les aurait menés en réanimation.

Cette maladie qu’on connaît mal nécessite une approche thérapeutique très différente selon le stade de l’évolution. Certains médicaments, qui peuvent être utile en début de traitement, peuvent s’avérer inefficaces à un stade plus avancé de la maladie. Tous les pompiers vous diront qu’un incendie qui nécessite de gros moyens d’extinction aurait pu être maîtrisé au début par l’usage d’un extincteur. Mais ce raisonnement est peut-être trop simple pour des spécialistes qui pensent tout savoir. À les écouter, il n’y avait, pour lutter contre ce virus, que deux possibilités : la prescription de paracétamol ou l’admission dans un service de réanimation.

J’ai appris à faire de la médecine avec plus de nuances.

À lire aussi

Les médecins généralistes ne sont pas « aux ordres » !

Les médecins généralistes possèdent ce qui manque à nos décideurs ministériels qui n'ont s…