Cinéma - Culture - Editoriaux - Religion - 17 mai 2019

Cinéma : Lourdes, le documentaire de Thierry Demaizière et d’Alban Teurlai

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les cinéastes Thierry Demaizière et Alban Teurlai, auxquels on doit le documentaire Rocco, qui suivait les confessions du célèbre acteur italien de films pornographiques, nous proposent aujourd’hui un long-métrage sur le pèlerinage de Lourdes… Une largeur d’esprit et un éclectisme pour le moins inattendus dans le milieu du cinéma.

Respectivement agnostique et athée, Demaizière et Teurlai expliquent leur choix par ce « quelque chose de bouleversant » qui pousse foule d’individus à demander secours à la Vierge. Un « quelque chose » que nous désignerions volontiers comme « la foi », mais les auteurs du film, un peu trop frileux pour s’engager sur ce terrain-là, pointent de préférence « le creuset d’humanité » et son « rapport à la souffrance et à la mort ». Sans doute est-ce déjà beaucoup pour eux.

Ainsi, le documentaire suit avec intérêt la trajectoire de plusieurs personnes – de la veille de leur pèlerinage jusqu’à leur immersion dans l’eau sainte de la grotte – partagées entre leurs souffrances personnelles et leur espoir de guérison. L’un, d’une rare sérénité tout au long du film, est atteint de la maladie de Charcot, un autre de troubles de la croissance, un troisième est handicapé moteur suite à l’accident de voiture dont il a été victime, quand un quatrième, septuagénaire, se prostitue dans le bois de Boulogne, habillé en femme, et cherche simplement à faire acte de contrition.
Au fil du récit, bien d’autres personnalités se greffent à cet échantillon d’accidentés de la vie. Certains relèvent du cas médical quand d’autres semblent avoir davantage besoin d’une aide psychologique. Chacun, pourtant, s’en remet avec ferveur à la Vierge dans l’espoir d’être « choisi » (« comme au loto », nous dit quelqu’un en voix off) afin de faire l’objet d’un miracle.

Non sans gêne, parfois avec scepticisme, le spectateur reçoit ces différents témoignages qui, tous, font preuve d’une désarmante humanité devant la mort ou la crainte de la dégénérescence organique. Distanciés, les réalisateurs évitent soigneusement le pathos, s’effacent autant que faire se peut devant leur sujet et se contentent, pour tout lyrisme, d’une musique discrète sur des séquences de procession.

Loin de l’étude tératologique à laquelle nous font songer bien des passages, le film est surtout l’occasion d’un tour d’horizon de Lourdes, de sa logistique millimétrée, de ses cérémonies, de ses prêtres, de ses hospitaliers et de ses bénévoles à l’écoute des malades. On croise des militaires, des touristes venus du monde entier, des gitans, des individus qui s’échangent avec exaltation – telles des icônes – des vidéos des apparitions de la Vierge. Dans un mélange de christianisme et de panthéisme païen, les pèlerins se succèdent pour toucher de leur main la paroi de la grotte sacrée.

Le documentaire admet rapidement, par quelques plans furtifs, le mercantilisme de certaines échoppes qui, avec leurs Vierges sulpiciennes en plâtre, rappellent Le Miraculé, de Jean-Pierre Mocky, film anticlérical des années 80 aussi sectaire que son auteur, et font évidemment échos dans Le Nouveau Testament à l’épisode des marchands du Temple.

Lourdes a cependant le bon goût de ne pas s’attarder devant l’arbre qui cache la forêt et brosse un tableau bien plus riche, celui d’une Europe qui n’a pas encore totalement abandonné sa foi chrétienne face aux injonctions de la modernité rationaliste et hédoniste.

3 étoiles sur 5

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