Editoriaux - Social - Société - 27 novembre 2019

Les étudiants et les jeunes précaires fréquentent de plus en plus les restaurants du cœur

En France, l’université est gratuite ou presque, ce qui est un plus indéniable par rapport aux États-Unis ou à la Grande-Bretagne, où une année en faculté peut coûter jusqu’à 41.000 €. Il n’y a que les grandes écoles qui demandent parfois 17.000 € par an à leurs élèves, mais elles leur offrent en contrepartie de nombreux débouchés avec des salaires confortables, ce qui permet à ceux qui les fréquentent d’emprunter sans risque 50.000 € pour financer leurs études.

Mais dans les autres établissements universitaires, beaucoup d’ échouent pendant leurs études ou ne décrochent que des diplômes peu valorisants. On propose aux jeunes, chaque année, environ 135.000 places de cadres rémunérées au-dessus de 1.700 € par mois alors que 580.000 d’entre eux obtiennent un master 2 ou un équivalent. Les études supérieures ne sont pas un gage d’intégration réussie ou même monnayable sur le marché du travail, loin de là. Aussi, aucun organisme bancaire ne va prêter de l’argent à de nombreux de faculté, car ils seraient pour beaucoup dans l’incapacité de rembourser leurs emprunts, leurs études finies.

Il existe des bourses, certes, mais elles sont modestes, même aux taux les plus élevés. Or, beaucoup d’étudiants ne reçoivent aucune aide de leur famille, soit parce qu’ils sont fâchés avec elles, soit parce que leurs parents sont eux-mêmes démunis ou au chômage.

Les « petits boulots » sont rares et chronophages. Ils peuvent rendre difficile l’obtention d’un diplôme. Souvent, tous les 5 du mois, il ne reste pas grand-chose aux étudiants issus de milieu modeste sur leur compte en banque une fois qu’ils ont réglé leur loyer et les frais de transport. Et même le prix d’un repas au restaurant universitaire (3,30 €, soit 6,60 € par jour, 200 € mensuels) leur paraît trop élevé. Aussi, les restaurants du cœur, fondés par Coluche, leur sont d’une aide précieuse et leur permettent de manger à leur faim. 51 % des 900.000 bénéficiaires des restaurants du cœur ont moins de 26 ans. Sur 110.000 jeunes de 18 à 26 ans qui sont inscrits auprès de ces organismes, 24.000 sont des étudiants et ce chiffre n’a cessé d’augmenter ces dernières années. Parmi ceux qui fréquentent les restaurants du cœur, on trouve beaucoup de jeunes qui ont arrêté l’école et ont quitté le foyer familial pour diverses raisons. Ils sont encore plus démunis que les étudiants précaires.

Il y a un trou dans la solidarité nationale : rien n’est prévu entre 18 et 26 ans. Après 25 ans, ceux qui ne font pas d’études perçoivent le RSA, qui permet à environ 1.880.000 résidents en France de survivre. L’étendre à tous les jeunes, étudiants ou pas, est une revendication constante des organisations estudiantines. Mais cela coûterait entre 25 et 33 milliards d’euros (pour 5.600.000 jeunes de 18 à 25 ans), impossibles à trouver en ces temps de déficit budgétaire. Il n’y a donc guère de solution en dehors des restaurants du cœur qui, grâce à leurs bénévoles et à la collecte des invendus du commerce alimentaire, permettent de nourrir à moindre coût tous les habitants de l’Hexagone et notamment les plus précaires des jeunes, étudiants ou pas.

À lire aussi

Livret A : la spoliation des épargnants continue

Nous avons connu des époques où le livret A était, par principe, supérieur à l’inflation, …