Editoriaux - Politique - 8 juin 2019

Le vote debout/assis : pour allonger de deux semaines le délai d’avortement

On connaissait le vote à main levée : le mariage homosexuel a été voté ainsi au Sénat. On connaît moins le vote debout/assis, plus visible, clair et comptabilisable, à condition de ne pas avoir la danse de Saint-Guy. Le 7 juin, au terme de l’examen du « Projet de loi santé » ( exaspérant, ces appositions : « loi santé, » « loi pauvreté »), Laurence Rossignol, sénatrice de l’Oise, fait voter, par surprise, et « contre l’avis du gouvernement », dans un Hémicycle presque vide (une vingtaine de sénateurs), un amendement d’un délai d’allongement de deux semaines concernant l’avortement. Si le vote définitif a lieu, après la navette parlementaire, cela portera à 14 semaines le délai de l’avortement. 3.000 à 5.000 femmes (5 %) vont à l’étranger avorter hors délai. Laurence Rossignol pointe (toujours le même refrain) « l’injustice et l’inégalité » sociale de ces femmes « obligées » de payer leur avortement, hors délai, à l’étranger. Jusqu’où ira l’extension des droits ? Si quinze femmes vont avorter à sept mois, il faudra faire une loi ?

On apprend qu’Agnès Buzyn et Alain Milon, sénateur LR de Vaucluse, président de la commission des affaires sociales de la chambre haute, sont opposés à cet amendement. À quoi joue le gouvernement ? Aux chaises musicales du « en même temps » ? On se rappelle que, pour les votes des lois du mariage pour tous et de l’avortement, des députés – et non des moindres – n’étaient pas dans l’Hémicycle. Pourquoi ne pas exiger la présence des trois cinquièmes des sénateurs et des députés pour des lois qui touchent à des sujets aussi graves que la vie d’un enfant (et demander un certificat médical en cas d’absence) ? Plus sérieusement, voter une loi qui impose le vote à bulletin secret : par l’air du temps qui court, ce serait une garantie de liberté.

Car, enfin, regardons une photo et demandons-nous si un enfant de 14 semaines ne mérite pas qu’on vote pour ou contre sa vie. Un embryon est donc sans droits ? Une femme n’aurait donc vraiment pas eu le temps « de se retourner » dans un délai… décent, si tant est que le mot convienne ?

Il semble plutôt que l’« ivégéophobie » soit devenue une nouvelle pathologie à soigner au plus vite. À quand un train SNCF pour y « sensibiliser » l’opinion, pendant les vacances propices aux excès ? Ne pas remettre en cause la loi Veil est une chose, en rappeler l’esprit, une autre. La sexualité est devenue un fléau dans une société hyper sexualisée, morbide : obscène, puisqu’elle la coupe de l’être humain, soit qu’elle soit sauvage, soit qu’elle soit technicisée (au point de la couper de la procréation), comme se propose de le faire une nouvelle loi. On aimerait plutôt que la lutte contre la pornographie, qui fait des ravages sur nos enfants, devienne une cause nationale.

Un nouveau monde, vraiment ? A-t-on jamais vu pareilles régressions de toute loi morale ? Comme on est loin de la phrase du psalmiste : « Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ? Le fils de l’homme que tu en prennes souci ? » On pense au Chant pour des enfants morts de Gustave Mahler, avec la voix inoubliable de Kathleen Ferrier.

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