Après le peuple des zombies, après la société sans contact, il semble que le cours des événements nous mène sur une pente et une logique infernales. Voici la suite de cette descente aux enfers : le virus dans les esprits…

Épisode 1

Ce dimanche, à la messe de rentrée de ma paroisse, l’église bondée (gestes barrières et distanciation sociale un peu écornés), le peuple de Dieu, pour une fois, était au rendez-vous. Y compris toutes les obédiences du vénérable scoutisme. Des scouts de toutes les couleurs, des rouges, des verts, des bleus, des beiges…

À côté de moi, une louvette, « fière comme un bar-tabac », aurait dit Coluche.

Le petit bout de chou était malheureusement masqué du cou aux oreilles, et elle faisait peine à voir, d’autant plus que l’atmosphère était lourde. Je me penche vers elle :

Quel âge avez-vous, mademoiselle ? Euh… 4, non, 5 ans, me répond-elle, timide. Savez-vous que vous n’êtes pas obligée de porter un masque ?

Le petit bout de chou me foudroie du regard et, sans me répondre, se raidit sur son banc, l’air de dire « De quoi je me mêle ? » Je veux mon masque, comme tout le monde. Il fait partie intégrante de ma personne.

Un peu interloqué, je suis plongé dans un abîme de réflexion. On nous aurait inoculé le virus aussi dans la tête ? Je retourne finalement à ma prière.

Épisode 2

Peu de temps après, entre la première et la deuxième lecture, passe à mes côtés dans l’allée latérale une petite mamie, visiblement très fatiguée. Sa silhouette qui s’en allait clopin-clopant m’a tout de suite fait penser aux « bigotes » de Sempé. Sauf que chez Sempé, souvent, les églises sont vides et les petites mamies pouvaient s’asseoir.

La petite mamie avait parcouru la moitié de la nef sans trouver de siège. Je me dis : il y aura bien un scout, un louveteau, une louvette pour lui céder la place ?

Rien. Pas un geste. Je m’apprêtais à lui porter secours quand de bonnes âmes d’adultes sans uniforme se sont un peu resserrées pour lui faire une place.

Il me revient alors en mémoire cette belle phrase de Jacques Maritain : « C’est moins visible, mais plus utile de dépouiller le vieil homme que de revêtir des chemises de toutes les couleurs. »

Loin de moi l’idée de dénigrer cette belle organisation qui, avec l’armée, forme encore notre belle jeunesse, dernier rempart contre l’abrutissement des screenagers 2.0 et de la 5G.

Mais tout de même, je m’interroge : si nous sommes à ce point affectés par ce que l’éthologue Konrad Lorenz appelait, dans les péchés capitaux de notre civilisation, le « not to get emotionaly involved », si nous sommes infectés par ce syndrome de l’autoprotection, du quant-à-soi, au point que les scouts eux-mêmes restent figés dans la situation décrite, c’est que ça va mal, très mal. On n’est plus dans la distanciation sociale, on est dans la déshumanisation et la régression.

Il ne s’agit pas, bien sûr, de nier la réalité ou la gravité de ce virus, mais est-ce que les mesures de protection ne nous conduisent pas insidieusement dans un confort, un quant-à-soi pernicieux ?

Qu’est-ce donc qui est assez fort pour mettre à bas la valeur la plus élémentaire du scoutisme, sinon un virus des esprits ?

Il est urgent de réagir. Il est temps de retrouver « La France contre les robots » chère à Bernanos.

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