Editoriaux - Politique - 28 août 2019

Le Villani petit canard de la Macronie

Il va y avoir du sport, à Paris. Pas dans les stades mais pour la conquête de l’hôtel de ville en 2020. En début de semaine, c’est le très médiatique Jean Messiha, du Rassemblement national, qui annonçait, à la surprise générale, sa candidature à la candidature alors qu’on avait compris que son mouvement soutiendrait Serge Federbusch, candidat d’union des droites. En juillet dernier, Wallerand de Saint-Just, qui représenta en 2014 les couleurs du Front national dans la capitale, ne déclarait-il pas au Monde : « Les Républicains sont en lambeaux à Paris. Avec Federbusch, on pourrait construire des ententes avec certains d’entre eux avant le premier tour pour se retrouver entre les deux tours. »

Mais la politique ne ressemble pas à un long fleuve tranquille. Du reste, n’est-ce pas Serge Federbusch lui-même qui déclarait, en juillet, toujours au Monde, que « la politique contient une part de bordel et d’improvisation considérable ». Effectivement. On attend donc avec impatience la décision de la commission nationale d’investiture du mouvement de Marine Le Pen, dans les prochains jours, quant à cette candidature surprise de Jean Messiha. Voilà du côté de la « droite extrême ».

À l’extrême centre, c’est évidemment la candidature du tout aussi médiatique, dans un autre genre toutefois, de Cédric Villani, natif de Brive-la-Gaillarde, comme chacun ne sait pas, et député de l’Essonne, département, comme chacun sait, non loin de Paris, qui agite le Landerneau bien au-delà du périphérique. N’ayant pas réussi son examen de passage devant la commission d’investiture de La République en marche – la première fois, sans doute, que ce fort en maths ratait un concours, mais, vous me direz, il faut bien une première fois -, l’ancien lauréat de la médaille Fields ne semble pas avoir avalé cet échec. D’autant que c’est Griveaux qui a décroché la timbale, le 10 juillet dernier, à l’unanimité de la commission d’investiture et à la non-surprise générale.

Député de l’Essonne, c’est bien, mais Cédric Villani, à qui il ne faut pas répéter deux fois la même chose pour qu’il comprenne comment ça marche, a sans doute pigé qu’en politique, pour exister, il faut soit faire peur, soit faire envie, voire – c’est l’idéal – les deux à la fois. « Besoin de rien, envie de toi », comme chantaient les inoubliables, mais néanmoins tombés dans l’oubli, Peter et Sloane ! Or, Benjamin-Blaise Griveaux fait-il peur ou envie ? Là est la question.

Question à laquelle, semble-t-il, Cédric Villani a déjà trouvé la réponse, plus vite qu’il ne lui faut pour résoudre une équation à trois inconnues, puisqu’il ne cesse, depuis cet échec, de laisser entendre qu’il pourrait, malgré tout, être candidat. Pas bon joueur, l’homme à l’araignée ! Fin juillet, Édouard Philippe a bien tenté de calmer le jeu en recevant séparément les deux protagonistes. RFI rapportait même, le 3 août, que le Premier ministre pourrait être candidat si les choses ne s’apaisaient pas dans la petite classe. Rien n’y a fait. Ce week-end, Griveaux a alors proposé à Villani un « copilotage » de la campagne. Une sorte de duo, de tandem, de ticket. Quoi, encore ? De machin en binôme, si vous voulez. « Copiloter… à la fois sur le fond et sur l’incarnation. » « Quésaco ? », a dû s’exclamer Villani. Effectivement, incarner sur le fond, on voit bien un peu de quoi il s’agit. Une sorte de partition à quatre mains pour rédiger le programme. Mais sur l’incarnation ? Façon aigle bicéphale ? Faut reconnaître, on a vu moins monstrueux dans la nature. Bref, rien n’y a fait, là encore. Et ce mercredi 28 août, on apprend, notamment par franceinfo, que « Cédric Villani annoncera sa candidature à la mairie de Paris la semaine prochaine ».

Cédric Villani, petit canard de la Macronie ? On n’attend plus qu’il franchisse à la nage le Rubicon, ou plutôt la Seine.

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