Le Président se devait d’être là !

C’est désespérant, en tout cas à n’y rien comprendre.

On dirait que le président de la République n’a qu’une envie : rendre sa défense de plus en plus difficile en manquant de la plus élémentaire psychologie.

Ce n’est pas comme Christophe Castaner, qui a bien le droit d’aller trois heures dans une boîte de nuit après une manifestation des gilets jaunes. Il y a des postures plus élégantes que la sienne, en l’occurrence, mais ce n’est pas une honte, sauf à considérer que cet intermède le disqualifie en tant que ministre – alors qu’il fait ce qu’il peut dans un contexte très éprouvant pour lui et les forces de l’ordre, police et gendarmerie, depuis trois mois – et que, jusqu’à nouvel ordre, il n’y a pas obligation de se recueillir après chaque samedi de désordre.

Mais, pour le président de la République, c’est tout autre chose. Il est parti avec son épouse passer trois jours avec famille et amis à La Mongie. Du vendredi 15 mars au dimanche 17 mars.

Ce n’était pas vraiment le bon moment !

Alors qu’on sait, depuis au moins deux semaines, que le samedi 16 mars, lendemain de la fin du grand débat national, était annoncé par les gilets jaunes comme une journée de rassemblement de tous à Paris et que les casseurs n’avaient pas fait mystère de leur venue dans la capitale pour s’adonner à leur occupation préférentielle, comme diraient les mauvais commentateurs sportifs : frapper, détruire, s’en prendre aux gendarmes, incendier pour, la plupart du temps, ne pas être appréhendés.

Avec un certain nombre de gilets jaunes complices, irresponsables ou voyeurs, filmant avec une volupté perverse les exactions commises, les jets de pavés et les attaques des forces de l’ordre.

Tout était programmé, la chienlit était écrite.

Le résultat a dépassé les pires craintes.

Violences, dévastations, incendie d’une succursale de banque avec un risque mortel pour les habitants de l’immeuble et onze blessés, magasins détruits, le Fouquet’s également incendié, l’avenue des Champs-Élysées théâtre de la fureur nihiliste et spoliatrice d’une horde sans nom ni visage. Avec des gilets jaunes solidaires, égarés ou pris comme leurre ?

Ce qui s’est déroulé principalement place de l’Étoile, mais aussi en d’autres lieux à Paris, a frappé de saisissement indigné tous ceux qui ont été les spectateurs de ces scènes de guérilla qui ont montré l’extraordinaire sang-froid de gendarmes harcelés, insultés, sous tension permanente et parvenant, cependant, à tenir et à maîtriser autant qu’ils le pouvaient.

Et à se maîtriser.

Face à ces séquences épouvantables, on ne pouvait que juger ridicules la fausse bonne tactique du Président ayant saisi le Conseil constitutionnel sur la nécessaire loi anticasseurs et les polémiques grotesques sur l’usage des balles de défense dont des irresponsables souhaitaient priver la police.

Mais le Président et son épouse se reposaient à La Mongie pendant que Paris brûlait. Malheureusement, c’était au propre et au figuré.

On aurait pu féliciter, même de loin, Emmanuel Macron puisqu’on apprenait qu’il avait limogé le directeur de l’ordre public à la préfecture de police, Alain Gibelin. J’étais certain que, par une intuition guère miraculeuse, il avait pressenti la catastrophe et qu’il avait révoqué l’un de ses responsables. Mais non. Il l’avait renvoyé pour avoir contredit la version de l’Élysée dans l’affaire Benalla…

Alors que les soutiens qui lui restent, aspirant, comme moi, à être honnêtes dans leurs critiques, sont de moins en moins crus, il s’en va.

Quand ils affirment que, le grand débat national lui ayant été imposé et terminé enfin le 15, le Président saura, dans le délai prescrit d’un mois, tirer de cette France effervescente avec ses paroles multiples, passionnées et inventives, des conclusions signifiantes et à la hauteur de cette réussite, Emmanuel Macron les quitte.

Alors que l’impatience gagne tous les citoyens, et pas seulement les gilets jaunes, et que Paris est en feu, en désordre et en violence, le Président s’éloigne et laisse désemparés ses défenseurs.

J’aurais aimé qu’il soit aujourd’hui et demain à l’Élysée, dont le “mot de désordre” de la matinée du 16 mars était d’aller l’assiéger.

Va-t-il être contraint, alors, comme au retour de Buenos Aires, de constater trop tard l’état des lieux, les ruines, et de les déplorer ?

Présent le 16 mars, il n’aurait pas fait dévier d’un pouce le cours lamentable de la journée mais il aurait été là où il fallait, où il devait.

Un Président absent a toujours tort.

Extrait de : Justice au Singulier

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