Editoriaux - Education - 7 février 2019

Le niveau scolaire va remonter grâce au vélo-bureau !

Comment canaliser l’énergie de l’élève du 9.3 ? Mais comment ramener un peu de calme dans les classes ? Mais… mais comment retrouver un semblant d’autorité, Monsieur le Proviseur ?

“Ne bougez pas, j’ai l’objet qu’il vous faut, la solution magique à tous vos problèmes. Je vous présente, mesdames et messieurs les professeurs, l’ustensile, que dis-je, le saint Graal que vous attendiez tous, j’ai nommé : le vélo-bureau. Tout droit sorti de l’esprit d’un inventeur de génie à qui nous devons également le tire-bouchon à vapeur et le canari gonflable, voici donc la merveille sur laquelle vos élèves vont pédaler durant vos cours et ainsi dépenser leur énergie autrement qu’en lançant des projectiles ou hurlant des insanités. Mesdames et messieurs les professeurs surmenés, le retour au calme est là sous vos yeux émerveillés : le vélo-bureau. Proposé aujourd’hui au prix exceptionnel de 590 euros ! Cinq cent quatre-vingt-dix euros !”

Pierre Bellemare en avait rêvé, l’Éducation nationale le concrétise. Ce vélo d’appartement, où le guidon a été remplacé par une tablette, devrait donc venir prendre place dans certaines classes. Le collège Dora-Maar, de Saint-Denis, s’est rué sur la découverte. 56 achetés ! Soit 33.040 euros, financés en partie par le Comité d’organisation des Jeux olympiques. 600 vendus à travers la France, soit 354.000 euros ! L’argent coule à flots !

« Une vingtaine d’études montre que le fait de pédaler à allure modérée permet d’être moins stressé, plus concentré. » Le « Pierre Bellemare de Montreuil » qui commercialise l’engin en est certain.

Le principal du collège de Saint-Denis y croit dur comme fer : « L’enjeu est la pratique sportive, mais c’est aussi d’améliorer la concentration. Et ça marche ! » Le gadget vient à peine d’être installé, mais il sait que « ça marche ». Le commercial qui lui a casé le matériel n’est pas un débutant ! Et puis l’obéissance aux injonctions pseudo-modernistes fait le reste.

Si, par le plus grand des hasards, le résultat escompté tardait à venir, le fabricant a, dans ses cartons, le bureau-piscine. L’élève est mis à tremper en début de cours, sur thermostat 6. Dès l’apparition de bulles, le sujet hyper-concentré est mis à sécher (les cours).

Des siècles d’activités intellectuelles n’ont pas permis de découvrir que s’agiter pendant la réflexion permettait d’être plus performant. Jusqu’alors, l’idée bêtement répandue était que le silence et la sérénité étaient propices à la concentration… Que nenni ! Il est connu qu’Einstein était en train de courir un 100 mètres haies lorsque E=mc2 lui est apparu.

À quand l’introduction d’une activité intellectuelle pendant les heures de sport ? Un livre de Balzac à la main, l’élève ne monterait-il pas plus vite le long de la corde ?
Vélo-bureau, tablettes coûteuses. L’Éducation nationale en pleine déroute vient conforter l’élève dans son idéologie de la consommation. Le gadget, l’objet, le bidule est la clé de la réussite ! Le message passe ainsi auprès de ceux, déjà distraits de la connaissance, par le culte de l’avoir. L’aviron-bureau ne sera pas nécessaire pour les ministres de passage. Ils rament déjà…

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