Dans la série des grands comiques involontaires de ce temps, plus cocasse encore que Sibeth, tient incontestablement une place de choix.

Précurseur du « en même temps » macronien, prêt à dire tout et son contraire et à retomber en permanence sur ses pattes de mouche, léger comme l’insignifiance incarnée, inventeur invétéré des fadaises les plus invraisemblables, ce bobo supérieur de la place des Vosges vient régulièrement dans les médias étaler son sourire jeune lifté et son visage à l’esthétique chirurgicale ou tartiner les plateaux de ses paroles précieuses comme un bijou de pacotille. Et s’il en avait fait l’un de ses personnages, Molière aurait pu l’appeler Philamouche, Anarchon ou Sotinet.

C’est ainsi que, dans une interview au Parisien, il nous livre ses considérations sur la situation de notre pays et sa culture, si culture il y a ou il reste, proposant même un « New Deal » et piétinant, au passage, sa propre action puisqu’il évoque toute cette créativité oubliée par l’administration culturelle qu’il a lui même installée…

Car enfin, qui a mis en place – au théâtre, par exemple – cette caste de directeurs metteurs en scène ministériels aussi prétentieux que conformistes et dénués de talent, et qui s’autoreproduisent depuis trente ans et se gavent de l’argent public pour faire tous la même chose en même temps ?

Qui a mis en place cet entre-soi et toutes ces coteries d’avant-gardistes estampillées DRAC, ces réseaux fermés et formatés jusqu’à la caricature et ce monde de la culture aux pétitions multiples et variées qui font, aujourd’hui, l’art officiel, si loin de cette créativité qu’il évoque ? Qui a mis en place le système qui empêche ce dont il parle d’exister ?

À qui doit-on (faudrait-il lui rappeler) cette déliquescence, sinon à ce ministre qui, après l’élection de Mitterrand, a fait de son ministère un outil de propagande, embrigadant par la subvention tous les apprentis politicartistes, futurs chiens de garde du pouvoir socialiste. Et aujourd’hui encore, quel metteur en scène ou auteur ministériel, quel peintre ou sculpteur dit contemporain, quel compositeur officiel n’est pas pétri de ce fatras idéologique bébête et progressiste, cher aux bobos et aux cultureux de gauche ? Trente ans, quarante ans que dure cette conformité subventionnée !

Mais voilà que notre phénix culturel des vieux beaux de ces bois, cet ex-ministre de la Culture défenseur de l’arabe et de l’anglais contre le français, cet adepte de la farce festive sur commande arrive, tel un sauveur de l’humanité, face la crise actuelle. Et de proposer un « New Deal », original et révolutionnaire comme un hamburger du McDo socialiste. Il faut, comme lorsqu’il était ministre, que l’État finance davantage, via une armada de nouveaux bureaucrates culturels, les faiseurs de courbettes, les courtisans idéologues et les électrons des petits marquis. Et ceux qui ne veulent pas tourner en rond autour d’eux, pas un rond ! Ainsi, ils n’existeront plus, ils ne râleront plus, ou dans le désert. Que voilà du nouveau, et de la nouvelle « dealerie » ! Du Jack Lang pur sucre : flatterie, courtisanerie, mondanités de gauche, clientélisme culturel avec l’argent du contribuable… Que voilà de la culture qui va remettre le pays et la République en marche ! Et notre mégalomane des salons d’inscrire son « New Deal » culturel dans l’Histoire : Roosevelt, le Front populaire, Jean Vilar, et… le « New Deal » de Jack Lang !

Son « New Deal », c’est comme réparer les dégâts de sa propre politique culturelle, en refaisant la même chose : on prend les mêmes, et les mêmes recettes, et on recommence. C’est un peu comme lorsque Inter invite la momie pédagogique Meirieu pour dire ce qu’il faut faire pour résoudre la crise dans l’Éducation nationale. Jack Lang, c’est le culot personnifié : plus culotté que lui, tu deviens le roi Dagobert.

Sacré Jack Lang, va ! Si les personnages de Tartuffe, Trissotin et M. Jourdain n’existaient pas, il les inventerait et les incarnerait à lui tout seul. Aussi sûr qu’au XVIIe, il n’aurait pas subventionné Molière, l’auteur le plus subversif de son temps, et qui faisait le contraire des metteurs en scène ministériels de l’ère Lang : un théâtre insolent et libre !

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