Editoriaux - Réflexions - 23 février 2020

Le Manège enchanté

Zébulon sautille sur son ressort sous l’œil apathique d’un Pollux mal peigné, de surcroît affligé d’un léger accent anglais. Tournicoti, tournicoton, et hop ! Il disparaît dans un nuage de fumée. Ses paroles s’envolent et il n’est même pas certain que ses écrits restent. Les engagements, les traités, les contrats sont faits pour être rompus… surtout quand ils ont été signés à l’encre sympathique par des prestidigitateurs politiques. Poudre aux yeux, poudre de perlimpinpin et poudre d’escampette sont la nouvelle ligne de blanche du peuple. L’opium, c’est trop vieillot ! Sornettes, carabistouilles, coquecigrues, balivernes, fariboles, billevesées, calembredaines… ce qu’il en faut, de mots croquignolesques, pour ramener le chaland vers les champs de foire à tout où gesticulent bateleurs, bonimenteurs et vendeurs de pacotilles ! C’est la grande déballe. Y en aura pas pour tout le monde. On brade les valeurs, tout doit disparaître ! Plus que cinq minutes pour voter. C’est votre dernière chance. Que ces urnes sont vides ! Comment cela est-il possible ?

Le mensonge est une ritournelle dont on adore, à chaque fois, la petite musique. Un orgue de barbarie, un ogre de patrie, un amour de madeleine. La preuve en est qu’on se laisse toujours embobiner… et ça repart d’un tour de manivelle. On connaît la chute mais on se fait pourtant, une fois de plus, embabouiner, enquinauder, empapaouter. Malgré des visionnages en boucle, on n’a pas retenu la leçon susurrée par Kaa, le python en Pythie : « Aie confiance-eu, crrrois en mouaaa… »

Voici venu le temps des magiciens, des hypnotiseurs, des diseuses de bonne aventure, des joueurs de bonneteau, des communicants, des publicitaires, des sondeurs, des hologrammes, des illusionnistes et des hallucinations collectives. C’est ainsi que les hommes vivent. Mais tout cela n’est-il pas légèrement abracadabrantesque ? Est-ce que ce monde est sérieux ? Peu importe, car entre tout, c’est la ouate qu’on préfère. C’est une douce régression que de se complaire dans le monde de Oui-Oui où tout le monde, il est beau, et tout le monde, il est gentil. C’est tellement confortable, d’écouter une chanson douce que l’on apprend par cœur plutôt que de mettre son nez dehors quand le vent se lève, quand la pluie cingle et quand on voyage au bout de la nuit.

Alors, câlinons notre doudou smartphone en regardant Nounours passer sur son nuage. À peine remarque-t-on un petit air inquisiteur sous son aspect placide et bienveillant. Cela n’a rien d’inquiétant. C’est presque rassurant. Le marchand de sable va passer. Il est temps de dormir. Écoutons-le jouer du pipeau. C’est un charmeur de serpenteaux. Sur le théâtre de Guignol où se joue la mascarade, tirez le rideau, braves gens, éteignez les lumières de votre for intérieur et rêvez en paix dans le meilleur des mondes. Big Mother veille sur vous.

Bonne nuit, les petits… et à demain, si vous le voulez bien !

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