Editoriaux - Santé - 25 juillet 2018

Le mâle européen sera-t-il bientôt stérile ?

L’homme moderne, en particulier s’il est blanc et occidental, aura de plus en plus de mal à se reproduire. Différentes études, dont la dernière publiée par Santé publique France, montre que, depuis 1973, le nombre de spermatozoïdes a diminué de plus de 52 % dans le sperme des Européens, et rien ne semble vouloir freiner cette baisse qui, si elle se poursuit – et tout semble indiquer qu’elle se poursuivra -, entraînera non seulement un taux d’infécondité très important chez les mâles européens, mais également un problème de santé publique.

En effet, selon une étude danoise, il semblerait qu’il existe une corrélation entre la baisse du taux de spermatozoïdes et la mortalité masculine, sans doute parce que cette baisse s’accompagne de modifications hormonales aux effets délétères pour l’homme.

Reste à savoir quelles sont les causes de ce phénomène, car de nombreux facteurs peuvent avoir des effets néfastes sur la spermatogenèse. On cite, bien sûr, certaines maladies infectieuses comme les oreillons, mais cette maladie sévissait davantage autrefois que maintenant, où les enfants sont protégés par les vaccins. On peut citer, également, des problèmes immunitaires ou le tabagisme des femmes enceintes, qui est parfois mis en avant, mais il semble que la cause principale et la plus probable soit liée à des troubles endocriniens, eux-mêmes sans doute en relation avec des facteurs liés à l’environnement et au mode de vie, qui peuvent modifier le mode d’expression de nos gènes.

Il eût été intéressant de pouvoir corréler ces enquêtes avec des dosages hormonaux.

La testostérone (hormone mâle) et l’œstradiol (hormone femelle) ont des structures moléculaires très proches, et la testostérone se transforme facilement en œstradiol sous l’action d’une enzyme appelée aromatase.

On sait, maintenant, que de nombreux perturbateurs endocriniens agissent sur cette enzyme, tout particulièrement chez le fœtus, lorsque la femme enceinte est exposée à ces perturbateurs, auxquels il est quasiment impossible d’échapper car ils sont actuellement présents partout : dans l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons et les aliments que nous ingérons.

À côté de ces facteurs environnementaux qui agissent sur notre métabolisme, il y a aussi des produits appelés « hormone-like » que nous consommons la plupart du temps sans le savoir, comme le soja, qui induit un effet anti-androgénique, ce qui ne doit sans doute pas favoriser la production de spermatozoïdes. Certains citent aussi les modes vestimentaires qui tendent à réchauffer les testicules et, donc, à diminuer la spermatogenèse, ou les appareils connectés générateurs d’ondes nocives pour les gonades.

Il est dommage de constater que toutes ces études ne font que refléter un état de fait sans procurer l’amorce d’une explication qu’il serait souhaitable de connaître afin, si possible, de pouvoir trouver des solutions.

Car si nous ne faisons qu’observer le phénomène sans chercher à l’enrayer, dans une quinzaine d’années, le taux de spermatozoïdes du sperme de l’Européen sera si peu élevé qu’il lui faudra avoir recours à des procédés médicaux de procréation in vitro pour pouvoir assurer sa descendance.

À moins, bien sûr, qu’il ne décide de la faire assurer par d’autres !

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