Deux mois, déjà, que les Français n’ont plus accès aux salles de cinéma. Si les services de SVOD ont vu, en toute logique, exploser leur nombre d’abonnés, confinés chez eux devant Netflix, Amazon Prime Video, ou OCS, des petits malins ont eu l’idée, un peu partout sur le territoire, de jouer la carte de la nostalgie en organisant des séances de ciné-parc.

Plus connu sous le terme de « drive-in », ce concept né en 1915 au Nouveau-Mexique, et importé en en 1967 dans le Var, offre la possibilité à ses usagers d’assister de nuit à des séances de cinéma en plein air sur écran géant, confortablement installés dans leurs voitures. Le son étant retransmis, la plupart du temps, via les autoradios ou bien à l’aide d’enceintes placées à l’extérieur.

Popularisé dans la seconde moitié du XXe siècle, le ciné-parc était, hélas, tombé en désuétude depuis les années 80. À l’heure où, en pleine épidémie de coronavirus, les Français sont encouragés à reprendre leurs activités tout en maintenant les distances sociales, un tel regain d’intérêt pour le drive-in s’explique aisément. Avec ce procédé, aucun risque d’être contaminé par son prochain, chacun reste dans son véhicule, accompagné éventuellement de son conjoint et de ses enfants. Ce que l’on perd en convivialité – car il n’est plus question, pour les individus en quête de sociabilité, d’échanger le moindre mot avec un inconnu à l’issue de la séance – on le gagne en sérénité. Qu’il s’agisse de petites localités ou de grandes villes, les initiatives de ce type se sont multipliées ces dernières semaines. Crest, dans la Drôme, Barjols, Barcelonnette, mais aussi Bordeaux et ont déjà organisé ou prévu des séances de ciné-parc. Sans oublier Cannes, évidemment, qui cherche à compenser l’absence de festival pour cette année. Dans le centre de Rouen, où doit se tenir une projection, le samedi 30 mai – « un Disney ou un film historique », hésite encore l’un des deux organisateurs -, on prévoit d’accueillir 130 véhicules et quelques voiturettes de golf circuleront dans les rangées afin de proposer aux spectateurs des consommations.

La Fédération nationale des cinémas français (FNCF), elle, s’inquiète de cet engouement soudain pour le ciné-parc : « La FNCF, dit-elle dans un communiqué, regrette profondément les dégâts médiatiques et économiques que provoqueront ces manifestations qui détournent les spectateurs, les médias, l’administration locale et nationale du seul combat à mener : la réouverture des salles. » Et Mathieu Robinet, ancien directeur général de BAC Films et organisateur d’un « Drive-in Festival » itinérant composé de 35 bénévoles, de répondre : « On veut simplement proposer une offre culturelle pendant le , pas créer une offre commerciale. » Ce festival n’a pas vocation à supplanter les salles de cinéma ni même à perdurer après leur réouverture. Ce à quoi il eût pu ajouter que si la FNCF a le souci réel d’une bonne reprise de la fréquentation en salles dans les mois qui viennent, cela dépendra aussi largement de l’offre proposée par les exploitants. Sans doute faudra-t-il mettre un peu de côté ces « œuvres » qui ambitionnent trop souvent de clamer des « vérités sur le monde » et de faire de la « pédagogie » auprès du spectateur…

En attendant, ce grand retour du ciné-parc est à voir pour ce qu’il est : un ensemble d’initiatives sporadiques, originales et salutaires en période difficile.

Dans un esprit similaire, signalons la messe en drive-in, organisée le dimanche 18 mai à Châlons-en-Champagne, et qui a réuni près de 500 fidèles. « Une victoire de la vie », s’enthousiasmait Mgr Touvet, évêque de Châlons.

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