Au sortir de l’hiver, la du Covid-19 aura peut-être un mérite inattendu. Nécessité faisant loi, elle suscitera ou réveillera un goût oublié pour la pratique du jardinage. Non pas le jardinage esthétique, mais potager.

Un indice récent, au hasard d’un décret anodin, mais qui peut sonner aux oreilles de certains comme un avertissement. Le gouvernement avait dans un premier temps, oblige, restreint drastiquement les conditions d’ouverture des commerces. Les jardineries vendant des aliments pour de compagnie conservaient une dérogation d’ouverture, mais à l’exclusion de tout autre rayon. Depuis le 2 avril, l’autorisation a été étendue à la vente de plants potagers à visée alimentaire.

Nous sommes au début du printemps, quand les jardiniers amateurs commencent à préparer leur terre, mettre en place diverses rangées de plants et graines. Pour se nourrir une partie de l’été, et peut-être faire des bocaux pour l’hiver prochain. Cette activité est d’ordinaire pratiquée par des passionnés, souvent retraités.

Cette crise sanitaire semble également réveiller un goût des Français pour les petits producteurs, les maraîchers locaux du bord de route. Quand se déplacer au supermarché devient plus difficile, plus cher, quand les approvisionnements sont parfois aléatoires et, espérons-le, par solidarité avec une filière agricole en souffrance.

Ce regain d’intérêt pour le « ça vient du jardin » (ou pas très loin) est évidemment tout à fait louable. Mais il pourrait s’avérer souhaitable qu’il devienne durable.

On constate dans bien des secteurs que l’ mondialisée devient un problème quand un événement comme une pandémie la paralyse. Si on peut se passer de certains composants automobiles ou informatiques venus d’ailleurs pendant de longs mois, il ne peut en être de même pour des produits alimentaires de première nécessité. Quand l’, désormais jardin de l’, est à l’arrêt, quand les échanges se réduisent avec les pays du Maghreb, qui va fournir à prix abordable les fruits et légumes de nos magasins discount ? Imaginons un instant que la crise s’aggrave ou se répète, dans quelques mois, par une fameuse deuxième vague crainte par les spécialistes, qu’une sécheresse exceptionnelle mette en péril les récoltes à venir, qu’une crise géopolitique surgisse, en ou ailleurs, avec des répercussions sur le prix du pétrole. Imaginons simplement que les chaînes d’approvisionnement explosent, par des faillites d’entreprises agroalimentaires, de transporteurs ou simplement de producteurs agricoles (qui ne trouvent d’ailleurs plus aucune main-d’œuvre pour leurs récoltes, exemple en Vaucluse récemment). Qu’en sera-t-il, alors, de notre alimentation future ?

Plus que jamais, il semble urgent de se préparer à des temps incertains. Par l’acquisition de connaissances, de savoir-faire, d’outils, de lopins de terre éventuellement. Dans un futur proche, la véritable prévoyance ne sera sans doute pas un contrat d’assurance-vie mais un jardin bien organisé et des placards bien remplis. Un futur où les petites bousculades sympathiques pour les derniers paquets de coquillettes seraient soudainement plus vitales.

12 avril 2020

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