Bien malin qui pourrait dire l’avis du Président sur la polémique du « iel ».

Puisque la mode est à l’invention de nouveaux mots, le gouvernement vient de lancer une idée, à laquelle Le Robert devrait penser pour l’an prochain, lui qui adore les phonèmes fluides, hybrides, à la fois l’un et l’autre : c’est le mot « noui ». Quelque part entre non et oui. Selon les jours ou l’interlocuteur, le curseur se déplace.

« Je suis oiseau, voyez mes ailes. Je suis souris, vivent les rats. » Le chaud et le froid, le Yin et le Yang. C’est l’acmé du « en même temps » ou le tandem Darmanin-Dupond-Moretti appliqué à la linguistique. D’un côté, les gens de lettres, classiques et de bon aloi, qui poussent le conservatisme jusqu’à cultiver un je-ne-sais-quoi de Mireille Darc ou un petit air d’Alain Juppé, protestent contre le « iel » : « Il y a deux pronoms, il et elle […], la langue est si belle et deux pronoms, c’est bien », lâche Brigitte Macron. « On ne doit pas triturer la langue française, quelles que soient les causes », renchérit Jean- Blanquer.

De l’autre, Élisabeth Moreno, ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité entre les chances, défend l’avis opposé : « Qu’on puisse dire iel parce que ça vient enrichir la langue et c’est un pronom neutre, pourquoi c’est si choquant ? En quoi est-ce idéologique ? […]. C’est un progrès pour les personnes qui ont envie de se reconnaître dans ce pronom. Et je ne vois pas ce que ça enlève à ceux qui n’ont pas envie de l’utiliser. ». Une rhétorique bien huilée, servie réchauffée à chaque marche progressiste.

Quant à Emmanuel Macron, il sait bien, comme disait le cardinal de Retz, que nul ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens. Il laisse les uns faire des clins d’œil à droite, les autres faire leur génuflexion devant le « wokisme », et espère mener ainsi l’attelage à hue et à dia jusqu’à la présidentielle.

Certains haussent les épaules. Pourquoi devrait-il intervenir dans ces querelles byzantines dérisoires qui n’intéressent personne, sinon une poignée de militants. De fait, la directrice éditoriale du Petit Robert, Marie-Hélène Drivault, ne manque pas de toupet lorsqu’elle affirme avec aplomb, au micro de Mediapart, que le dictionnaire « décrit l’usage », comme si le pronom « iel » était devenu courant.

Sauf qu’à force de négliger ces arguties au motif qu’elles seraient ultra-minoritaires, absurdes, à laisser ce qui devrait être hors du champ politique – le dictionnaire, Wikipédia… – aux mains d’activistes, on finit par se voir imposer un cadre de vie : quand on choisit pour vous les mots pour décrire, c’est l’objet même de votre description qui se modifie.

Pour Marie-Hélène Drivault, la est « assez genrée ». On sent l’accusation feutrée. Comme si l’allemand, avec son neutre, était nettement moins transphobe. Tant pis si, outre-Rhin, le mot « fille » – « das Mädchen » – est neutre et qu’en français, « prostate » est féminin, « utérus » masculin, preuve que tout cet échafaudage idéologique ne rime à rien.

Marie-Hélène Drivault qui a décidément envie d’enrôler son « Robert » dans le combat LGBT, évoque, du reste, pour justifier son choix, la polémique autour du mariage pour tous. Et face à ceux qui « fantasment une éternelle », elle rappelle que « dans la langue française, il n’y a pas que du gaulois. Le français est une langue métissée depuis toujours. » Intersectionnalité des luttes, quand tu nous tiens…

Pendant qu’Emmanuel Macron, par rouerie électorale, refuse de trancher, le militantisme woke trace sa route, car qui ne dit mot consent. Et ce mot « iel », on l’a compris, est tout sauf neutre.

19 novembre 2021

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