[LE GÉNIE FRANÇAIS] Du Guesclin, le précurseur des « opérations commandos »

Sa grande bravoure et ses nombreuses victoires lui valent d’être enterré dans la nécropole des rois, à Saint-Denis.
Silvanus88, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons
Silvanus88, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

Ses actions sont rapides, précises, et redoutablement efficaces.

Au cœur de la grande Histoire de France, le Moyen Âge voit naître une figure essentielle : le chevalier. Plus qu’un guerrier, il incarne un idéal. La chevalerie repose sur des valeurs fortes : le courage face au danger, la loyauté envers son seigneur et son pays, et surtout un profond esprit de charité hérité de la foi chrétienne. Le chevalier ne combat pas seulement pour la gloire, mais pour protéger les faibles, défendre la justice et servir Dieu. Parmi ces hommes d’armes, un nom traverse les siècles avec une force particulière : Bertrand du Guesclin.

Laideur du faciès mais noblesse du cœur

Rien, pourtant, ne destine cet enfant breton, né en 1320 dans une famille noble près de Dinan, à devenir un héros. Il est d’une laideur repoussante qui grandit avec lui : « un visage sombre, une grosse tête ronde, une peau noire comme celle d’un sanglier », selon un chroniqueur du Moyen Âge. Ses camarades se moquent de lui, et même sa famille doute de son avenir. Mais derrière cette apparence ingrate se cache une volonté farouche. C’est le début de la guerre de Cent Ans et, très tôt, Bertrand montre un tempérament indomptable, préférant les jeux de combat aux leçons de courtoisie. Plus tard, l’ennemi anglais le surnommera « le dogue noir de Brocéliande », un qualificatif qui évoque autant sa laideur que sa redoutable intelligence et sa férocité au combat ; et Brocéliande, du nom légendaire de la fameuse forêt du roi Arthur (aucune preuve historique formelle) et des chevaliers de la Table ronde. Réels (tel Richard Cœur de Lion) ou imaginaires (comme Ivanhoé) confondus, ces hauts personnages médiévaux fascinent encore l’Europe de nos jours.

17 ans, l’âge du premier exploit

Le premier exploit du Breton survient à l’âge de 17 ans. Un grand tournoi est organisé, réservé aux chevaliers expérimentés. Bertrand n’a pas le droit d’y participer. Qu’importe : il emprunte une armure, dissimule son identité sous un heaume et entre dans la lice. Là, contre toute attente, il affronte les meilleurs… et les bat un à un. Douze chevaliers tombent sous ses coups. Mais au moment d’un dernier duel, il se retrouve face à son propre père. Refusant de lever son arme contre lui, Bertrand ôte son casque et révèle son visage. Le combat s’arrête immédiatement. Il est disqualifié. Mais ce geste le révèle et montre déjà ce qui le distingue : la bravoure, la loyauté envers les liens familiaux et le sens de l’honneur.

Il invente une autre façon de combattre

Devenu adulte, du Guesclin ne se contente pas de suivre les règles de la guerre. Il les transforme. À une époque où les grandes batailles opposent des armées lourdes et coûteuses, il imagine une autre façon de combattre. Il privilégie la ruse, la rapidité, les attaques surprises et les embuscades. Sa tactique multiplie les exploits. Avec de petites troupes de cent hommes à peine, il mène ce que l’on appellerait aujourd’hui des opérations commandos. Ses actions sont rapides, précises et redoutablement efficaces. En quelques mois seulement, il parvient à reprendre aux Anglais une grande partie de l’ouest de la France. En véritable chef mercenaire, Il mènera, très au sud des Pyrénées, au cœur de l’Espagne, les forces franco‑castillanes pendant quatre ans, de 1365 à 1369. Sa croisade espagnole mettra fin à la première guerre civile castillane par une victoire décisive.

La valeur se mesure dans les actes

Sa devise résume bien son caractère : « Le courage donne ce que la beauté refuse. » Toute sa vie, il prouve que la valeur d’un homme ne dépend pas de son apparence, mais de ses actes. Sur le champ de bataille, son cri de guerre résonne : « Notre Dame Guesclin ! », comme un appel à la fois à la foi et à la détermination.
Malgré ses nombreuses victoires, Bertrand du Guesclin reste un homme humble. Il le proclame : « Je sers le roi mais combats pour le peuple. » Jusqu’à la fin, il se voit comme un serviteur du royaume plutôt que comme un héros.

Usé par une vie de combats, il meurt à 60 ans

Sur son lit de mort, il prononce des paroles étonnantes, presque prophétiques : « Je regrette de ne pas avoir chassé tous les Anglais. Dieu en a réservé la gloire à quelqu’un d’autre de plus digne que moi. » Comme s’il pressentait qu’un autre destin, plus tard, viendrait achever son œuvre. Ce qui arrivera le siècle suivant avec Jeanne d’Arc.
Après sa mort, un honneur exceptionnel lui est rendu. Bertrand du Guesclin devient le seul chevalier à être inhumé dans la nécropole royale de Saint-Denis, aux côtés des rois de France. Une reconnaissance unique pour un homme qui, parti de presque rien, aura marqué l’Histoire par son courage, son intelligence et son sens du devoir.

Son histoire reste celle d’un destin hors du commun : celui d’un enfant méprisé et rejeté devenu l’un des plus grands défenseurs du royaume, prouvant que la vraie noblesse n’est jamais dans le paraître ; elle ne se voit pas sur un visage, mais dans le cœur et dans les actes

Picture of Antoine de Quelen
Antoine de Quelen
Ex-publicitaire et rédacteur pour la télévision

Vos commentaires

26 commentaires

  1. Ce qui ferait le bonheur des Français de souche et de coeur, c’est que le prochain Chef d’Etat remplace la plupart des noms figurant sur les plaques de nos Rues, Avenues et Boulevards de ceux qui n’ont rien à voir avec la France et son histoire par les grands noms de ceux qui ont marqué l’histoire de France dans diverses INSTITUTIONS depuis le début de notre ère.

  2. Ce fut un grand guerrier…. au service du roi de France mais pas forcément à celui du duc de Bretagne, sa région d’origine sur laquelle la France voulait mettre la main comme l’Angleterre. C’est pourquoi il est considéré comme traitre par bon nombre de Bretons et sa place est bien dans la nécropole des rois de France.

    • Duguesclin est une parfaite victime de la féodalité, et des liens de vassalité. C’est ainsi qu’un jeu d’alliances matrimoniales l’a entraîné à combattre les Bretons (compatriotes fidèles aux ducs de Bretagne), au nom et au service du roi de France ! Au nom de ces mêmes liens, des pères et des fils se sont retrouvés dans des camps adverses aux batailles de La Roche-Derrien, d’Auray ou de Saint-Aubin du Cormier… Les Bretons n’oublient pas.

  3. « Du Guesclin » , le nom qu’il fallait donner au nouveau porte-avions français.

    En ce temps de la guerre de cent ans, les combats ne se faisaient pas par l’intermédiaire de drones, à distance. C’était du corps à corps. Les têtes, les bras étaient arrachés, tranchés, les poitrails éventrés. Ce n’était pas « de la guéguerre » à la macronienne, des guerres de papiers, de paroles, de vaccins.

    • Bravo pour cette superbe idée pour le porte-avions. Il fût également une époque où les conflits se réglaient par un combat entre « chefs ». Par ex. Macron/Poutine, Trump/Poutine etc… dans une arène comme au temps des jeux du cirque. Le cirque, nous l’avons déjà, il ne manque que les gladiateurs…

      • Ca serait génial et légitime que cela se passe entre ceux qui veulent résoudre un problème de fond et non pas entre les peuples. De plus, ça serait moins coûteux en vies humaines et en argent.

  4. Mais justement il n’était pas un chevalier mais un guerrier et il faut noter qu’il n’ perdu que les batailles dont le commandement était confié à de grands seigneurs. Il faut dire aussi qu’il a servi un grès grand roi qui ne se piquait pas de grands exploits mais d’efficacité.

  5. Un des artisans de la victoire des Français lors de la Guerre de Cent Ans, avec La Hire, Poton de Xaintrailles, Jeanne d’Arc et quelques autres. Je suis justement en train de regarder une série de vidéos au sujet de la Guerre de Cent Ans sur YouTube.

  6. Très beau récit historique sur Bertrand du GUESCLIN. D’après son visage, on devine une forte personnalité. Quelle belle déclaration il a faite en son temps, « Je sers le Roi mais combats pour le peuple. » Quand aurons-nous un homme de cette trempe pour chasser l’ennemi hors de France ?

  7. Quelle belle Histoire que celle du Chevalier Du Guesclin ! Tout y est : Honneur, Bravoure, Humilité…. !
    Qualités devenues bien rares !
    J espère que son Épée est bien accrochée afin que personne ne puisse la lui enlever !
    Merci Monsieur pour cet historique qui fait du bien !

  8. Merci à vous Monsieur de Quelen pour ce beau rappel historique. L’évocation de ce brave, ce valeureux chevalier interpelle nos sociétés sur leur attrait discutable pour l’apparence flatteuse à tendance discriminante, voire l’eugénisme.

Laisser un commentaire

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI se dresse contre les banquets du Canon français… mais défend les rave party
Yves-Marie Sévillia sur Radio Courtoisie
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois