13 juillet 1380 : mort de Du Guesclin, le dogue noir de Brocéliande
Méprisé pour sa laideur et raillé pour ses manières frustes, Bertrand du Guesclin devint pourtant le plus grand capitaine du royaume de France. À l’instar de Jeanne d’Arc, il combattit l’Anglais jusqu’à en mourir. En ce 13 juillet, jour anniversaire de sa mort en 1380, son souvenir mérite plus que jamais d’être rappelé comme un modèle français de loyauté et de bravoure.
Un vilain petit Breton
Du Guesclin est né vers 1320, au château de la Motte-Broons, en Bretagne, non loin de Dinan. Ses parents, Robert II du Guesclin, seigneur du Plessis-Bertrand, et Jeanne de Malesmains sont alors affligés par l’aspect physique de leur aîné : petit, trapu, au visage disgracieux et teint sombre, Bertrand fait peur plutôt qu’il ne séduit. On lui refuse même les honneurs dus à sa naissance. Cependant, l’enfant mal-aimé forge son caractère déterminé dans ce rejet. Ainsi, très tôt, il se distingue par sa force brute, sa résistance à la douleur et son instinct du combat.
La guerre de Succession de Bretagne
En 1341, la mort sans héritier du duc Jean III déclenche la guerre de Succession de Bretagne. D’un côté, Jean de Montfort, soutenu par l’Angleterre ; de l’autre, Charles de Blois, soutenu par la France. Le jeune Du Guesclin choisit le camp de Charles et du roi français, par loyauté féodale mais aussi par conviction. À ce conflit se mêlent également les déboires de la guerre de Cent Ans, commencée en 1337.
Bertrand s’illustre alors durant le siège de Rennes en 1357, où il défend avec courage la cité contre le duc de Lancastre. Sa valeur est alors reconnue par le roi de France Charles V qui le nomme capitaine du Mont-Saint-Michel. Du Guesclin, devenu chevalier, prend alors pour devise « Le courage donne ce que la beauté refuse ». Cependant, la guerre tourne mal. Le 29 septembre 1364, à la bataille d’Auray, Charles de Blois est tué. Du Guesclin se bat jusqu’au bout mais est malheureusement fait prisonnier. Le roi Charles V, reconnaissant en lui un capitaine d’exception, paie sa rançon.
Les Grandes Compagnies et l’Espagne
Après la défaite bretonne, et profitant d’une accalmie contre les Anglais après la signature de la paix de Brétigny en 1360, Du Guesclin est envoyé par Charles V en Espagne pour soutenir Henri de Trastamare, prétendant au trône de Castille, contre son frère Pierre le Cruel, allié des Anglais. Fort de son expérience et accompagné de groupes de mercenaires appelés les « Grandes Compagnies », Du Guesclin est victorieux à chaque escarmouche.
Lors de la bataille de Montiel en 1369, il réussit même à capturer Pierre, qui est exécuté peu après. Henri devient alors roi et Du Guesclin est récompensé du titre de duc de Molina. Par cette campagne, il prive alors les Anglais d’un allié important et revient en France auréolé de gloire.
Le connétable de France
Le 2 octobre 1370, Charles V décide de le nommer connétable de France, c’est-à-dire chef suprême des armées royales. Cette nomination fait scandale, chez certains grands seigneurs. Ce n’est ni un prince ni un noble de haute naissance, mais quelqu’un simplement issu de la petite noblesse bretonne, jugé laid, rude, sans manières et sans faste.
Qu’importe : Du Guesclin se montre à la hauteur. Sous son commandement, l’armée française remporte de multiples succès contre les Anglais, alors affaiblis après la mort du terrible Prince Noir. Il reprend ainsi la plupart des places perdues comme Niort, Lusignan, Cognac, Montmorillon, Mauléon ou encore Lourdes. Son style tranche avec celui de la génération précédente, celle de Crécy et de Poitiers, où les grandes batailles rangées étaient la norme. En effet, notre connétable breton, surnommé le « dogue noir de Brocéliande », préfère user de ruse et de malice pour affaiblir les Anglais, harcelant leurs garnisons, coupant leurs vivres et libérant peu à peu le royaume sans batailles sanglantes inutiles.
La mort d’un grand chevalier
Malheureusement, Du Guesclin ne verra jamais la fin de la guerre contre l’Angleterre. Le 13 juillet 1380, alors qu’il assiège la ville de Châteauneuf-de-Randon, en Gévaudan, Bertrand du Guesclin tombe malade. Sentant sa fin proche, il fait promettre à ses compagnons de ne pas abandonner le siège. La ville tombe peu après, mais sans lui. Il aurait également déclaré, avant d'expirer : « Je ne regrette en mourant que de n’avoir pas chassé tout à fait les Anglais du royaume comme je l’avais espéré ; Dieu en a réservé la gloire à quelque autre qui en sera plus digne que moi. »
Charles V, profondément ému, fait alors transporter son corps à Saint-Denis, auprès des rois de France - un honneur exceptionnel, pour un homme n'étant pas de lignée royale. Toutefois, selon ses dernières volontés, son cœur fut déposé dans l’église de Dinan et ses entrailles dans l’église de Saint-Laurent au Puy-en-Velay. Son seigneur et maître, Charles V, le suivra deux mois plus tard dans la tombe, le 16 septembre 1380. Son successeur, Charles VI le Fol, en raison de ses faiblesses, de sa maladie et du vil traité de Troyes, viendra ruiner tous les efforts faits par ses prédécesseurs, laissant ainsi succomber peu à peu la France face à l’ennemi anglais.
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14 commentaires
Merci ! Du Guesclin était un des héros de mon père, instituteur, qui nous le vantait pendant ses cours d’histoire !
voilà l’homme qu’il nous faudrait pour combattre les invasions barbaresques
Du Guesclin, quelles que soient ses qualités, a toujours été considéré comme un traitre par nombre de Bretons. C’est sans doute pourquoi sa statue érigée sur le bord de la RN12 a toujours été détruite. A l’époque de sa vie, la Bretagne était un pays « indépendant » sur lequel Français et Anglais rêvaient de mettre la main. On sait ce qu’il en est advenu un siècle plus tard. Permettez moi de ne pas choisir entre la peste et le choléra…
L’anglais, l’anglo-saxon, l’ennemi héréditaire de notre pays .
Le gisant ne doit pas être à la ressemblance réelle du personnage car il n’est pas laid. Les révolutionnaires ont dû saccager sa dépouille… Ceci dit, Merci à l’auteur pour ces histoires car l’école ne dispense pas ce savoir, pourtant si précieux.
Cette histoire ferait un très bon thème pour le Puy du Fou !
Une de mes personnalités favorites. Il était laid mais conquit la toute jeune fille qui allait devenir sa femme « C’est le plus vaillant, c’est lui qu’il me faut ». C’était au cours d’un de ces tournois où les jeunes se mesuraient entre eux et gagnaient leur vie en revendant les armes et chevaux de ceux qu’ils avaient vaincus. A noter que Duguesclin n’a été battu que lorsqu’il était sous la coupe d’un plus noble que lui et que le roi Charles V fut un de nos plus sage (son surnom).
Une petite piqûre de rappel de notre roman national épique, qui soulage… sans guérir, dans ce pays en pleine déconstruction intellectuelle, morale et sociétale devenue irréversible…
Si voyant la décrépitude actuelle de la France macronienne tous ces grands hommes et femmes se retournaient dans leur tombe, ça grouillerait dans les cimetières.
À quand un film sur Du Guesclin par Ridley Scott par exemple (Kingdom of Heaven, Alien, Blade Runner, Gladiator) ?
Ah non, pitié! Un astro-navet dans le genre de « Napoléon », nous n’avons pas mérité ça.
Napoléon n’était pas une réussite, je suis d’accord. Mais « Kingdom of heaven » et « Gladiator 1 » possédaient un souffle épique, une puissance narrative, que le cinéma français de maintenant ne peut égaler.
Il y en a eu un, français dans les années 50 avec Fernand Gravey. Sans doute plus près de la vérité que les productions US…
Je ne connaissais pas Gravey, mais il y a eu Albert Gance et son Napoléon, épique dit-on. Mais je n’arrive pas à mettre ma main sur son film.