Audio - Editoriaux - Entretiens - Religion - 20 septembre 2019

Laurent Dandrieu : « Sur la PMA pour toutes, les évêques sont victimes du syndrome de la pensée complexe »

Les évêques de France ont une position peu claire sur les moyens de s’opposer au projet de loi bioéthique, en particulier sur le volet concernant la PMA pour toutes. Des voix discordantes se font entendre au sujet de la manifestation du 6 octobre.

Explications de Laurent Dandrieu au micro de Boulevard Voltaire, sur la « tiédeur » et la parole confuse de certains évêques.


L’Archevêque de Reims avait appelé à manifester le 6 octobre. Le lendemain le Père Thierry Magnin, le porte-parole de la Conférence des évêques, a dit qu’il n’appelait pas à manifester, mais à se manifester. Ce n’est pas tout à fait la même chose.
Où en est l’Église de France par rapport à la PMA ?

Il faut distinguer la position sur la PMA de celle de l’opportunité de manifester à l’appel de Marchons Enfants le 6 octobre..
Sur le premier point, la position est assez claire. Les évêques sont unanimement et officiellement opposés au projet d’extension de la PMA. Sur le second, les choses sont plus compliquées en ce qui concerne les moyens de s’y opposer. Sur cette question-là, les évêques sont victimes de ce qu’on pourrait appeler le syndrome de la pensée complexe. Ils veulent tellement paraître nuancés et subtils que finalement lorsqu’ils ont fini une phrase, on ne sait plus trop ce qui a été dit dans cette phrase. C’est un peu la péripétie qui est arrivée à Monseigneur de Moulin-Beaufort. Il a employé le mot devoir de manifester. Ce que tout le monde a compris comme un appel à manifester. Ce qu’il disait réellement quand on lit la phrase en entier, c’est qu’on avait le devoir de manifester si on le jugeait utile. C’est un peu une tautologie. Nous expliquer que ce qu’on juge utile pour un catholique est un devoir. On n’a pas besoin d’un évêque ou de casuistique pour cela. Il voulait dire que si on jugeait utile de manifester, c’est très bien de le faire. En revanche, si on jugeait inutile de manifester, c’était aussi très bien de ne pas y aller.
Le lendemain, le porte-parole des évêques de France a explicité cette pensée en disant qu’il n’y avait pas d’appel officiel à manifester de la part de la Conférence des évêques de France. C’est une espèce de confuse clarté ou de clarté dans la confusion comme souvent aujourd’hui avec la parole épiscopale.


La conférence des évêques de France est extrêmement nuancée. Cela tranche avec ce que l’on peut voir aux États-Unis ou en Espagne lorsqu’il y a un projet de loi en lien avec une libéralisation de la vision de la bioéthique de l’Église. Globalement, on trouve la plupart des évêques en première ligne de toutes ces manifestations.
En France, l’Église semble avoir beaucoup plus de recul à l’égard de ces événements…

Il y a effectivement un malaise dans l’épiscopat français en général quant à l’engagement politique concret. On sent que ce sont des sujets vis-à-vis desquels ils ont peur de prendre des positions trop tranchées. Ce qui est très frappant dans la position du porte-parole, c’est que l’argument in fine qu’il avançait pour ne pas appeler à manifester, était la peur de diviser les chrétiens. Il est vrai que l’engagement de certains évêques contre le Mariage pour Tous avait suscité le malaise de certains fidèles. On peut comprendre que dans un contexte où les fidèles se font rares, les évêques soient embêtés de prendre des positions qui fâchent une partie de leurs ouailles. Le problème est que prendre la parole pour ne pas diviser, cela peut être un slogan centriste, mais ce n’est pas un slogan chrétien. La parole chrétienne doit être une parole qui n’a pas peur de diviser et de jeter les troubles au nom de la vérité. C’est une constante depuis Jésus-Christ et il faut que cela le demeure.


La position des évêques de France vient-elle de raisons historiques ou philosophiques ?

Aujourd’hui en France, on vit les derniers feux de ce que l’on a appelé, dans les années 70, la doctrine de l’enfouissement. Il fallait que l’Église rompe avec son triomphalisme supposé. Il fallait qu’elle se fasse discrète, qu’elle s’enterre comme le levain dans la pâte et qu’elle ne fasse surtout pas parler d’elle. Cette discrétion allait porter immanquablement des fruits. Les fruits qui ont été portés sont en fait la désertion des églises par les fidèles. Un certain nombre d’évêques n’en sont pas encore tout à fait revenus. Il en reste des traces, mais cela tend à disparaître.
C’est très différent chez les prêtres de base. Ils sont plus pour une affirmation de la foi beaucoup plus offensive et des engagements beaucoup plus offensifs sur les sujets de société.
Cela reste un peu présent chez les évêques d’autant que c’est une attitude qui est plus ou moins encouragée par le Pape qui est très réticent vis-à-vis de ce qu’il appelle, le prosélytisme. Il est très réticent également à l’égard des engagements politiques au niveau épiscopal. Il est à craindre que cette réticence se diffuse auprès de certains évêques français et leur communique une forme de frilosité ou de tiédeur sur certains engagements.

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