Voilà une enquête d’opinion, signée Ipsos et commandée par Le Point, qui risque de faire du bruit. À qui, d’Emmanuel Macron ou de , les Français font-ils le plus confiance ? Sur la étrangère, le système de santé, la protection de l’environnement et la publique, le Président est vainqueur ; sans grande surprise, s’agissant de thèmes sur lesquels il y a une prime à qui est aux affaires plutôt qu’à celle se trouvant dans l’opposition.

En revanche, sur des dossiers autrement plus politiques, moins quantifiables en termes budgétaires, mais hautement symboliques, c’est la douche froide. Ainsi, Marine Le Pen est en tête sur « la défense des valeurs de la république et de la laïcité » (36 % contre 35 %), sur la lutte contre « les inégalités et les discriminations » (27 % contre 26 %) et même, de manière inattendue, sur « l’avenir des retraites » (25 % contre 22 %).

Là où les écarts se creusent plus encore, ce sont sur les deux questions de plus en plus inquiétantes pour l’ensemble de la population, et droite confondues. Là, il n’y a pas photo : 48 % des sondés estiment que Marine Le Pen est plus qualifiée qu’Emmanuel Macron (21 %) pour faire baisser l’, et 45 % lui font confiance pour faire de même de la délinquance, contre seulement 17 % pour son adversaire.

Plus intéressante encore est la perception qu’ont les sondés du Rassemblement national. Est-il toujours « un parti d’ ? » Ils sont 65 % à le penser, mais c’est neuf points de moins que l’année dernière. « Un parti dangereux pour la démocratie » et « un parti xénophobe » ? C’est vrai pour 53 % et 52 % des personnes interrogées, quoique ces deux indicateurs aient respectivement baissé de huit et six points depuis 2020. Dans le même temps, ils sont désormais 36 % (+4 %) à juger que le RN est « un parti capable de gouverner le pays ». Pour aller plus loin dans les détails, on remarque que les plus réceptifs à l’évolution de ce mouvement sont les électeurs de et de LFI. Lors de l’élection présidentielle de 2017, ces derniers s’étaient signalés par une indéniable porosité avec les électeurs du RN ; il est vrai qu’au soir du premier tour, Jean-Luc Mélenchon n’avait pas donné de consigne de vote, au contraire d’un François Fillon ayant rallié Emmanuel Macron avant même que les résultats du premier tour ne soient rendus officiels.

Les récents signaux envoyés par Marine Le Pen à l’électorat de droite pourraient, en partie, expliquer cette évolution. Il n’empêche que la leçon majeure à tirer de ce sondage demeure son étonnante percée dans le domaine de la laïcité, jusque-là chasse gardée de la gauche, même si la droite identitaire gravitant en orbite mariniste aimerait tirer cette dernière vers plus de maximalisme, tel qu’en témoigne le récent entretien accordé à L’Incorrect, mensuel se voulant laboratoire doctrinal d’une très informelle galaxie libéralo-conservatrice.

Là, quand il lui est demandé de condamner l’islam en son ensemble, Marine Le Pen répond assez abruptement : « En tant que futur chef de l’État, je considère que les convictions religieuses relèvent du domaine privé, comme les convictions politiques. La religion n’est qu’une simple conviction et on ne peut empêcher personne d’avoir une conviction. En revanche, l’islamisme est une idéologie […] qui doit être combattue avec la plus grande énergie. »

Un sens politique qui explique peut-être ces résultats flatteurs en matière de défense de la laïcité. Car si ce sujet était naguère un brin abstrait, la déferlante migratoire l’a fait passer du champ du concept à celui de la réalité, si ce n’est de l’. Et il n’est pas impossible que cette question, même si manifestement apaisée chez Marine Le Pen, ne devienne la question centrale des enjeux présidentiels à venir. À croire que, tôt ou tard, le bon sens finit toujours par payer.

15 avril 2021

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