Après trois semaines d’occupation anarchiste et anarchique du quartier bobo de Capitol Hill, à Seattle, le maire démocrate Jenny Durkan, initialement fort complaisant, a finalement décidé de mettre un terme à la plaisanterie, explique le JDD. Il a donc été procédé, le mercredi 1er juillet, à l’évacuation des manifestants et, on l’espère, au nettoyage de la zone qui faisait rêver nos médias bien-pensants, toujours avides d’expériences époustouflantes sur fond d’utopie libertaire.

Dans la foulée des manifestations qui ont suivi la mort de George Floyd, les militants du mouvement investissaient, le 8 juin, le quartier de Capitol Hill et prenaient possession du commissariat déserté. Le maire n’y trouvait alors rien à redire et raillait un Donald Trump qui, lui, tempêtait contre les « affreux anarchistes » et les « terroristes de l’intérieur » auxquels les élus démocrates avaient abandonné la ville, réclamant qu’on mette dare-dare un terme à l’expérience.

Les faits auront, toutefois, eu raison des railleries de Jenny Durkan puisqu’elle justifiait, mercredi, l’évacuation en ces termes : le respect de la liberté d’expression « n’impose pas à la ville d’offrir un sanctuaire illimité se traduisant par l’occupation de biens publics, des dommages à la ville et aux biens privés, des atteintes au droit à se déplacer et la création de conditions dangereuses », rapporte L’Express.

Il faut dire que les patrouilles d’individus armés et la fusillade ayant fait un mort et un blessé grave sans que la police ait pu intervenir ont un peu terni le tableau idyllique de la fraternité heureuse. « Les policiers n’ont pu accéder à la scène de crime », signalait alors la police dans un communiqué, « empêchés par “une foule violente” qui refusait qu’ils entrent dans ce quartier nouvellement autogéré », selon LCI. Un quartier où les lettres géantes BLACK LIVES MATTER ont été tracées à la peinture multicolore sur la chaussée, les façades des immeubles couvertes de graffitis, le commissariat déclaré désormais « propriété du peuple de Seattle », un village de tentes installé dans le parc voisin où les pelouses ont été transformées en jardin potager… bref, une ZAD façon Notre-Dame-des-Landes en cœur de ville.

Mais dans ce haut lieu de l’antiracisme, il était interdit aux photographes non noirs de prendre des photos si elles ne servaient pas le mouvement, à savoir « une expérience de justice sociale, anarchique et artistique », comme le définit une habitante sous le charme. Sans doute était-elle heureuse de voir son quartier gardé le soir par des hommes encagoulés et armés, pas plus que ne l’inquiétait la création d’une zone interdite aux Blancs : « La présence des Blancs peut être perçue par des Afro-Américains comme une agression. En tant que Blanche, je ne suis pas exposée directement à la violence policière, et ça ne me dérange pas de me tenir un peu en retrait », confiait-elle au journaliste du Monde.

La ZAD de Seattle a vécu, évacuée au grand dam des autorités locales qui la trouvaient quand même fort sympathique. On nous en a fort peu parlé. La peur de la contagion, peut-être ? D’une certaine façon, nous avons de l’avance : nombreuses sont, en France, les zones de non-droit où la République n’a plus droit de cité. Une nuance, toutefois : l’extrême gauche n’y pénètre pas plus que la police. On ne mélange pas les dealers et leurs consommateurs… pas encore.

Pourtant, je le crains, la « zone autonome de Seattle » fera école. Elle est passée par ici, elle repassera par là…

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