Editoriaux - Religion - 3 août 2019

La tenue d’une violoniste fait scandale en Irak

À Kerbala, en Irak, Joelle Saade, une violoniste libanaise, a fait scandale en interprétant l’hymne national irakien lors de l’ouverture du match Irak-Liban sans couvrir ses longs cheveux bruns, tout en portant une robe qui laissait ses bras dénudés.

L’ancienne Mésopotamie accueille, en effet, la Coupe de football de l’Asie de l’Ouest. La tenue de Mme Saade n’était nullement indécente, selon les critères « occidentaux », mais les islamistes en ont jugé autrement. Le Waqf chiite (qui gère les biens religieux du pays) a porté plainte contre la Fédération irakienne de football, tandis que l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki tonne contre la « violation » de la ville de Kerbala, 5e lieu saint des chiites, après La Mecque, Médine, Jérusalem et Nadjaf. Elle est, en effet, le lieu de la décapitation, en 680, du « martyr » Hussein, le petit-fils d’Ali, lui-même cousin, gendre et fils adoptif de Mahomet. À Kerbala, la plupart des femmes sont voilées et des arrêtés condamnant l’indécence (féminine) sont régulièrement pris par la municipalité. L’influence de l’Iran voisin y est prépondérante. Les internautes irakiens sont partagés, à l’instar du pays : certains félicitent la jeune femme d’avoir fait trembler les « hypocrites », d’autres estiment qu’elle a couvert de honte la ville sainte.

En France, des « féministes islamistes » soutenues par nombre de « progressistes » dénoncent « l’islamophobie » et l’intolérance de la société française, qui interdit officiellement le niqab et serait hostile au voile. Elles mettent en avant la liberté des femmes qui, si elles le souhaitent, ont le droit de se couvrir les cheveux d’un voile lorsqu’elles sortent, ou le corps avec un burkini si elles se baignent. Même celles qui sont sincères et soutiendraient Mme Saade contre les chiites font un contresens total sur les raisons qui expliquent la réticence d’une partie des Français envers le voile : elles accusent le racisme de nos compatriotes alors que ce sentiment odieux a beaucoup reculé dans notre pays, sauf dans une toute petite minorité d’indécrottables xénophobes, hostiles à « l’autre » quel qu’il soit.

Le rejet du hidjab trouve, en fait, sa source dans la politique de l’Iran et de l’Arabie saoudite, dans la polémique sur la tenue de Mme Saade ou celles qui l’ont précédée, dans l’intolérance (réelle, celle-là) de musulmans français qui insultent des femmes non voilées quelle que soit leur religion. La preuve en est que personne en France, ou presque, ne dénonce la kippa ou le turban des sikhs, sans doute parce que ni les juifs ni les adeptes des dix gurus n’obligent les hommes à se conformer à leurs coutumes vestimentaires.

Plutôt que de s’acharner en paroles sur l’islamophobie des Français, les féministes islamiques devraient manifester devant l’ambassade d’Irak pour dénoncer les chiites qui nuisent à la liberté vestimentaire de Mme Saade, multiplier les actions contre les légations de l’Iran et de l’Arabie saoudite, aller dans les quartiers pour protéger les femmes non voilées des quolibets des islamistes. Voilà des actions qui feraient baisser, en France, la prévention contre le voile et le burkini !

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