Editoriaux - Education - Religion - 24 octobre 2019

La Sorbonne se couche et suspend sa formation à la « prévention de la radicalisation » !

Emmanuel Macron, se prenant pour saint Georges, a promis, le 8 octobre, « un combat sans relâche » contre « l’hydre islamiste », appelant la nation tout entière à se mobiliser. Mais, à ce jour, il ne s’est illustré que par son inaction et ses ambiguïtés. Fût-il de bonne foi, il devrait commencer par réduire l’influence d’une pseudo-intelligentsia qui ne parvient pas à se libérer de ses préjugés. Jugez-en plutôt.

Selon une information de Mediapart, reprise par Valeurs actuelles, l’université Panthéon Sorbonne a décidé de suspendre une formation. Intitulée « Prévention de la  : compréhension d’un phénomène et détection des signaux faibles », cette formation, prévue pour les 21 et 22 novembre, était notamment destinée aux cadres de la fonction publique, ainsi qu’aux élus, dirigeants d’entreprise ou avocats, mais pouvait aussi intéresser des étudiants. On devait y aborder des thèmes comme « le droit français face à la menace terroriste », la « naissance de l’islam politique » ou encore la « rhétorique des radicalisés ».

Des imams y étaient même inscrits par la mosquée de Paris, dans le cadre d’un protocole d’accord signé avec l’université, le 28 mars 2019 : « Pour ce programme, j’ai une entière confiance quant à la qualité scientifique et académique des enseignements dispensés à l’université Paris 1 la Sorbonne », avait déclaré le recteur Dalil Boubakeur, tandis que le représentant de la formation continue assurait que « notre équipe pédagogique pluridisciplinaire est à même d’encadrer la formation d’imams appelés à exercer leur ministère partout en France dans le respect des principes de la République ».

C’était compter sans la réaction pavlovienne d’internautes et d’une partie du corps professoral et des étudiants, estimant que de tels cours participent à la stigmatisation des musulmans. Ils dénoncent aussi un « business de la radicalisation » et la présence, parmi les intervenants, de Mohamed Sifaoui, qu’on voit beaucoup dans les médias, ces temps-ci. Si on peut reprocher à cet ami de Manuel Valls de ne pas cacher sa sympathie pour Macron, il est généralement considéré comme un spécialiste du sujet, même s’il lui est arrivé, récemment, de se faire moucher par Éric Zemmour.

Le président de l’université, avec le courage des mandarins de faculté qui, en 1968, laissaient le micro de leur chaire aux meneurs les plus excités, n’a trouvé d’autre solution que de « suspendre cette initiative pour faire taire toutes les récriminations et les rumeurs », expliquant qu’il ne faisait que « calmer le jeu » et donner « du temps de recul » à son établissement. Peut-être ne pouvait-il faire autrement pour que sa présidence ne soit pas trop contestée, mais d’avoir cédé aux intimidations ne saurait en aucun cas rehausser son autorité.

Cette anecdote est significative des pressions qui peuvent s’exercer sur nos prétendues élites, quand elles n’en sont pas directement les instigateurs. Les médias, les universités (surtout certaines d’entre elles, que vous reconnaîtrez facilement), la plupart de nos institutions sont gangrenés par des courants politiques qui propagent plus la raideur de leurs convictions que l’objectivité et l’ouverture qui devraient prévaloir dans la recherche de la vérité. Peu nombreux, leur activisme et leur organisation leur permettent de faire croire qu’ils représentent la pensée majoritaire.

Si Macron veut vraiment lutter contre l’islamisme, il devrait commencer par dénoncer ces citadelles idéologiques qui, au nom des libertés d’opinion et d’expression, s’attaquent à ces libertés. Mais notre Président, adepte du « en même temps », prudent au point de paraître complice, n’est pas près de le faire. Sinon, il ne tarderait pas tant à expliquer clairement sa conception de la laïcité.

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