Ce ne sont pour l’instant que des signaux, des pions que l’on avance, des messages que l’on envoie. Pourtant, il flotte dans l’air comme un parfum de campagne. Ce n’est pas le deuxième tour des municipales, prévu à la fin juin, qui agite les esprits, mais déjà la mère des batailles, la grande élection présidentielle, qui aura lieu dans moins de deux ans.

Il est trop tôt, bien sûr, pour se porter candidat, afficher son programme, ni pour lever ses troupes. D’autant que les Français, soucieux de leur pouvoir, se décident de plus en plus tard, et à l’inverse de ce que les sondeurs et les médias avaient prévu pour eux.

Mais à l’heure du déconfinement, c’est comme si le monde politique avait besoin de ne pas rater le sien, comme si, curieux paradoxe, beaucoup de masques étaient en train de tomber !

Le coronavirus, ennemi invisible, aura d’abord créé une forme d’union nationale. Aubaine qu’ aurait aimé cristalliser sous la forme d’un nouveau gouvernement de salut public. En remerciant Édouard Philippe, pour lancer le dernier acte du quinquennat, et câliner la gauche après avoir bien cajolé la droite. Projet en cours, rendu plus complexe par la bonne popularité du Premier ministre, dont le sérieux juppéen est plutôt apprécié.

Mais la stratégie mi droite-mi gauche, signature de ce mandat qui n’a décidément rien de neuf, se voit contrecarrée par un puissant mouvement ni droite ni gauche, authentiquement a-partisan, trans-courant, et qui pourrait jouer au chamboule-tout de la prochaine kermesse présidentielle !

Ce sont, à l’intérieur des partis, des digues qui sautent, des frontières qui bougent, des libertés qui s’expriment : Collomb qui s’allie à Wauquiez contre les Verts du côté de Lyon, des députés marcheurs qui prennent leur indépendance et privent le parti présidentiel de la majorité absolue, ou une colistière En Marche ! qui refuse, à Perpignan, le front républicain pour se rallier à Louis Aliot

Autant de portes qui claquent, de fenêtres qui s’ouvrent et de murs qui tombent, renvoyant à la vieille politique les postures-impostures de Baroin faussement discret, Bertrand faussement gaullien ou Macron faussement souverain.

Dans ces murs-là, pas de déconfinement à l’horizon, c’est à craindre. Mais hors les murs, les choses sont en train de bouger. Un mouvement qui n’a pas échappé au Président, qui rêve pour l’instant d’un nouveau face-à-face, pari souvent gagnant, face à . Mais qui sait que le scénario, idéal à ses yeux, pourrait bien lui échapper. Au profit de figures libres, hors système, venues de nulle part mais qui savent où elles vont. Isolées, pas de risque, sinon d’incarner la colère des Français, exaspérés de tant de libertés bafouées et de tant d’irresponsabilité publique.

D’où les appels ciblés, ou les visites savamment éventées, à ces personnalités qu’on écoute avec plus d’entrain qu’un long discours élyséen : Zemmour, Villiers, Raoult, Bigard, et bientôt Onfray ! Autant de figures qui pourraient, à elles seules, jouer les trouble-fête comme ont pu le faire, chez eux, les dirigeants honnis de France Inter et du Quotidien : Trump, Johnson, Orbán ou Salvini.

Mais « la grande peur des bien-pensants », comme dirait Bernanos, c’est la convergence des luttes des Français des deux rives, laissant voler en éclats les anciennes barrières, pour faire cause du peuple, front populaire, sursaut national, rassemblement français, face à des élites défaillantes, dont l’invisible coronavirus n’aura fait que mettre en lumière quarante ans d’abandon, d’auto-conservation, de promesses bidon.

C’est aujourd’hui la fête de Jeanne d’Arc. Que la sainte de la patrie, fille du peuple et fille de Dieu, incarnation de la France qui reprend le pouvoir sur elle-même, par le bas, « sire de soi », inspire nos combats présents et nos victoires à venir !

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