Que ne pourrait-on encore reprocher à l’homme blanc que les minorités dites opprimées n’aient pas encore incriminé ? Un aide-mémoire mémoriel, bien que non exhaustif, aurait du moins le mérite d’écarter les classiques du genre : le colonialisme, fait ; l’esclavagisme et la traite négrière, pliés ; le sexisme ordinaire, évidemment ; la discrimination à l’embauche, logique ; la couleur du sparadrap, primordial. J’en passe, mais encore, un brainstorming s’impose, car dans le registre du « si ce n’est toi, c’est donc ton frère », ou ton aïeul, l’innovation dans les repentances intersectionnelles s’impose. La pénurie de griefs à l’encontre des tenants de la blanchitude humaine, à l’instar du papier toilette en temps de crise, guette dangereusement les thuriféraires de la sociale intégrale.

Comme tout progressisme qui se respecte, la nouveauté nous vient des États-Unis : la musique classique serait intrinsèquement raciste. Vous avez bien entendu, y compris ceux qui font semblant de se la jouer Ludwig van (Beethoven) lors de la première présentation de sa 9e. Oui, vous avez bien ouï : la musique classique participe à la destruction active de la culture et la remplace par son propre récit suprémaciste blanc ! Mais de quoi s’agit-il, étant donné que ni Bach et encore moins Schubert n’avaient leur carte d’adhérent au Ku Klux Klan ?

La musique classique occidentale ne serait donc pas une question de culture mais une question de blancheur. Une combinaison de traditions européennes qui servent la croyance fallacieuse que la blancheur a une culture, de surcroît supérieure à toutes les autres, et dont l’objectif principal est d’être un ancrage culturel élitiste pour le mythe de la suprématie blanche. De plus, elle est un agent de changement culturel favorisant, en fin de compte, la colonisation. Hum, que dire, si ce n’est que c’était quand même mieux quand on nous reprochait la couleur du sparadrap ?

Le milieu du classique ne serait pas très inclusif et souffre d’un inconscient de classe. Pour faire court : des musiciens blancs jouent des compositeurs blancs pour un public de vieux Blancs. Il est, d’ailleurs, étonnant que certains genres musicaux éminemment racisés, tels que le jazz, le blues et le reggae, n’aient jamais été accusés de racisme anti-blanc structurel.

Non inclusif, accusé de recrutement discriminatoire, le classique n’en demeure pas moins artistiquement exclusif. Marginalisé en Occident à la faveur des niaiseries consuméristes multiculturelles, il bénéficie néanmoins d’un essor dans les pays et la diaspora asiatiques. Banzaï ! Même notre culture se délocalise ; on pourra donc se consoler en admirant derrière leur piano la plastique virtuose d’une Yuja Wang ou le brio d’un Lang Lang. Ça nous changerait d’un autre Lang, mécène du et du tag.

Et si, en fin de compte, ces élucubrations racialistes n’étaient pas uniquement une question de taux de mélanine cutanée ? Serait-ce plutôt une question de rigueur et de compétence ? Quand l’excellence, tous domaines confondus, devient systématiquement synonyme d’oppression, d’iniquité, d’agression perpétuelle, la médiocrité et le nivellement vers le bas deviendront-ils la seule forme de dans un monde en voie de marxisation sociétale ?

Serait-ce, somme toute, une forme de racisme voilé, de la jalousie mal placée, que d’accuser de tous les maux l’ensemble de la communauté blanche, sur base de la grandeur de certains de ses accomplissements, musicaux dans ce cas précis ?

Pour essayer de nous faire oublier la fange contemporaine, je vous recommande l’écoute du Miserere mei, de Giorgio Allegri

24 juin 2020

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