Soyons rassurés ! Une étude du Centre national d’étude des systèmes scolaires (CNESCO), publiée ce mercredi, explique que la grande majorité des élèves connaissent les grands principes de la laïcité et les respectent. À supposer que cette enquête soit rigoureuse et objective (il s’agit des attitudes déclarées par les élèves, qui peuvent être distinctes de leurs sentiments profonds), les efforts menés à l’école, ces dernières années, avec la Charte de la laïcité et l’introduction de l’enseignement moral et civique (EMC), auraient donc porté leurs fruits. Gardons-nous, cependant, d’afficher trop d’optimisme, car la laïcité à l’école ne se limite pas à se tenir à distance du religieux.

Lors de sa création, en 2013, Vincent Peillon avait assuré que ce conseil « composé de scientifiques reconnus en France et à l’étranger, ouvert à la pluralité de la représentation nationale et sociale, offrir[ait] toutes les garanties d’une expertise impartiale et de haut niveau ». Ce qui n’est pas forcément une garantie d’indépendance : a-t-on jamais vu un ministre déclarer qu’il crée une instance à ses ordres ? D’ailleurs, la Cour des comptes estimait, en décembre 2017, que « le statut de l’organisme, et particulièrement son indépendance, n’ont pas été garantis ». Quant à Jean-Michel Blanquer, il a jugé bon de le remplacer, à l’avenir, par un Conseil d’évaluation de l’école : pour le rendre plus dépendant ou plus indépendant du pouvoir ?

Au-delà de ces questions, l’étude du CNESCO semble plus nuancée que ne le rapportent certains médias. « L’école est un “quasi-sanctuaire” de la laïcité », titre L’Obs, tandis que 20 Minutes se demande : « Pourquoi l’école française est-elle une si bonne élève en matière de laïcité ? » Si, selon cette enquête, plus de 90 % des élèves considèrent qu’il est important qu’ils soient tolérants entre eux, n’eussent-ils pas les mêmes croyances, ils ne sont plus que « 64 % des élèves de 3e et 62 % de ceux de terminale [qui] considèrent qu’il est important que la religion des élèves ne soit pas visible dans l’espace scolaire ». Le CNESCO reconnaît aussi que ce tableau, plutôt positif, ne saurait occulter les atteintes à la laïcité qui se font jour dans certains établissements. Certains établissements de certains quartiers, sans doute.

Quel que soit le crédit qu’on porte à cette étude, on aurait tort de limiter la laïcité à l’intrusion du religieux dans l’école. Même si les manifestations de prosélytisme sont moins fréquentes qu’on pourrait le penser, cela ne signifie pas que l’institution elle-même ne faillit pas parfois à son devoir de neutralité, qui devrait être inséparable de la laïcité. Ceux qui ont une expérience directe de l’enseignement, parents d’élèves et professeurs, peuvent témoigner que les programmes, certaines activités périscolaires, l’agrément accordé à des associations militantes, la diminution même du niveau d’exigence nuisent à l’acquisition d’un savoir objectif et réfléchi.

Il ne s’agit pas de mettre en cause la volonté d’instruire de la majorité des enseignants, mais force est de constater que tous ne maîtrisent pas suffisamment leur discipline pour la transmettre avec discernement, que leur formation pédagogique est souvent orientée, qu’il est difficile, malgré toute sa bonne volonté, d’échapper à l’emprise de la pensée unique et de faire comprendre aux élèves la complexité du monde et de la société. Pour permettre aux élèves de penser par eux-mêmes, il faut savoir résister aux modes idéologiques. La laïcité ne s’accommode pas de l’expression publique du religieux. Elle ne s’accommode pas, non plus, du carcan de la bien-pensance.

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