En avril 2017, à Paris Belleville, Sarah Halimi, 64 ans, médecin à la retraite, est torturée puis défenestrée par . Ce qui aurait pu être considéré comme un fait divers parmi d’autres va prendre un caractère horrible et insoutenable lorsqu’on va apprendre que le mobile antisémite pouvait être retenu dans cette sordide affaire.>

En effet, les témoignages vont démontrer que, durant son acte crapuleux, le meurtrier a, à plusieurs reprises, fait référence à des invocations islamistes, notamment « Allahu Akbar » et désigné la victime comme le satan, car juive. Un crime monstrueux, incontestablement, mais surtout un crime antisémite. Mais n’oublions pas le contexte : en avril 2017, tout était sensible, nous étions en pleine période électorale pour la présidentielle, il valait mieux éviter d’évoquer l’ ; pire, il ne fallait pas parler du meurtre d’une sexagénaire juive par un musulman.

Kobili Traoré, Franco-Malien de religion musulmane, est, après son arrestation, rapidement interné en hôpital psychiatrique. Ainsi, dès le départ, dans ce crime, la Justice avait fait le choix de s’orienter vers la confirmation de l’absence de discernement plutôt que d’aller vers une action judiciaire traditionnelle. Tout le monde sait qu’en dehors des accidents, tout auteur de crime est a minima sujet à des troubles psychiatriques mais quand on est capable de torturer à mort sa victime comme l’a fait Kobili Traoré, puis de la défenestrer en criant « Allahu Akbar », orienter l’enquête vers le psychiatrique est, derechef, prendre le risque de ne pas permettre un jugement. Dans son livre L’Affaire Sarah Halimi, Noémie Halioua s’interroge : « Pourquoi avoir attendu 10 mois pour que la justice reconnaisse le caractère antisémite de ce crime ? Il y a une volonté de déni évitant de regarder la vérité, d’autant que souffrir de troubles mentaux n’empêche pas d’être antisémite. »

Différents rapports contradictoires d’experts psychiatriques ont conclu à l’abolition du discernement du meurtrier lors de la commission de son acte. Le 19 décembre 2019, la cour d’appel de Paris écarte toute possibilité de procès en cour d’assises, estimant que lors de son crime, Kobili Traoré était en proie à une bouffée délirante liée à une forte consommation de cannabis. Le criminel ne sera donc pas jugé, il est irresponsable pénalement… Incroyable !

Avec cette décision, la consommation de cannabis devient, de fait, une circonstance atténuante dans un drame ou elle devait plutôt être retenue comme circonstance aggravante.

Avec cette décision, la commission d’un crime dont le caractère antisémite est prouvé peut être balayée du revers de la main si l’auteur a consommé du cannabis.

Avec cette décision, quel signal la Justice donne-t-elle aux antisémites accessoirement consommateurs de cannabis ?

C’est parce que cette décision est incompréhensible que, ce premier week-end de l’année, nous avons participé aux marches de soutien à la famille de et surtout pour demander à la Cour de cassation de revenir sur une décision injuste et inique, qui atténue un crime avec la consommation de cannabis, afin qu’elle ne fasse pas jurisprudence.

Kobili Traoré, musulman, a tué Sarah Halimi, juive, il a justifié son crime en invoquant des paroles qui confortent le caractère antisémite de son acte, il doit donc être jugé. Il doit y avoir un procès afin que, dans le débat contradictoire, la manifestation de la vérité puisse permettre aux uns de faire leur deuil et aux autres de continuer la lutte contre les discriminations.

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