Lundi, lors de l’ouverture de la législature du Parlement espagnol, une bonne partie des députés de la gauche radicale ont refusé d’applaudir le roi Philippe VI. Un boycott qui en dit long sur la situation politique de l’ qui a vu Pedro Sánchez, le chef du Parti socialiste, reconduit à la tête du gouvernement, début janvier.

José Maria Ballester est interrogé au micro de Boulevard Voltaire.

Pedro Sanchez reconduit à la tête du gouvernement espagnol. Il a été réélu à deux voix près. Il gouvernera donc avec Podemos.
Qu’est-ce que cela change pour la politique espagnole ?

C’est un changement majeur pour plusieurs raisons. Premièrement, c’est la première fois, depuis le retour de la démocratie en 1977, qu’un chef du gouvernement est investi avec les voix des héritiers de l’ETA. Cela est très très grave.
Deuxièmement, c’est la première fois depuis 1936 que des ministres communistes sont présents au gouvernement. 1936 est le début de la guerre civile. Évidemment, on n’en est pas là puisque les circonstances ne sont pas les mêmes. C’est quand même un acte très très grave.
Le parti socialiste s’écarte de la ligne modérée qui était la sienne depuis 43 ans. Il y avait uniquement monsieur Zapatero qui commençait à donner des signes de radicalité. C’est un peu inquiétant.


Tout le monde s’attendait à ce que son mandat soit court. Comment expliquer que la gauche ait réussi à s’en sortir ?

L’Espagne est un pays sociologiquement plus à gauche qu’à droite. N’oubliez pas qu’en juin 2018, monsieur Rajoy a été renversé par une motion de censure. De plus, il ne réussit pas à se remettre de la grande crise au parti populaire.
Il y a également eu l’irruption de VOX. Certes, il était prévisible qu’une droite décomplexée surgisse, mais il faut reconnaître que cela favorise le parti socialiste. Il réussit à diviser la droite comme le Front national favorisait les socialistes français du temps de Mitterrand.
La plupart des grands médias espagnols ne sont pas défavorables à monsieur Sanchez. Au contraire, ils sont davantage défavorables à la droite.
Les deux grandes chaînes privées ne sont pas hostiles à monsieur Sanchez. La propagande est majoritairement à gauche.


Très récemment le roi d’Espagne était au parlement. Beaucoup de députés dont des indépendantistes catalans et basques ont refusé de l’applaudir.
Est-ce une conséquence de ce gouvernement ?

C’est effectivement une conséquence, mais surtout une discourtoisie institutionnelle très grave. Que l’on soit républicain ou monarchiste, le système actuel de l’Espagne c’est la monarchie constitutionnelle. Le roi incarne la nation. On était habitué à ce que les nationalistes de Galice ou les membres de la gauche républicaine catalane n’assistent pas aux consultations du roi lors de la formation du gouvernement. C’est d’ailleurs arrivé à plusieurs reprises. Mais là ce qui est arrivé est une goujaterie politique.
Je crois qu’à court terme, cela va renforcer la popularité du roi et de la reine. En revanche, à moyen terme, s’il y a une déstabilisation de l’institution, cela risque de déboucher sur une situation grave. Ces partis-là ont soutenu ou se sont abstenus lors de l’investiture de monsieur Sanchez. Ce sont des alliés clairs comme Podemos ou comme la gauche républicaine catalane qui se sont abstenus pour faciliter l’investiture. C’est une situation saugrenue, mais inquiétante. Il faut préciser que les ministres de Podemos ont applaudi le roi, mais pas ses députés.

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