Plus de concours d’entrée pour l’ENA ? La réforme est en cours. Vrai projet ou effet de communication ? Explications et réaction de Jean-Yves Le Gallou pour Boulevard Voltaire.

Que faire après avoir fini l’école ?
Les douze premiers de l’ENA ne se demandaient généralement pas ce qu’ils allaient faire après avoir fini l’école. Ils intégraient généralement l’inspection générale des finances, le Conseil d’État ou la Cour des comptes. Visiblement, cette voie royale n’existera plus avec l’idée sous-jacente que la rente à vie que propose la République aux douze premiers de l’ENA se termine enfin.
Selon vous, cette mesure va-t-elle dans le bon sens ?

Je crois qu’il faut savoir d’où on vient. C’est le modèle français. C’est le recrutement des élites françaises par les grandes écoles. Il n’y a pas uniquement l’ENA. Il y a aussi de plus grandes écoles et plus anciennes comme l’École normale supérieure ou Polytechnique.
C’est ensuite le recrutement de ces grandes écoles par le mérite et par des concours où, traditionnellement, on accordait une certaine importance voire une importance très grande à la culture générale. C’est notamment le cas de normale supérieure. Voilà, le modèle français.
Le pouvoir actuel veut supprimer le concours pour le remplacer par la faveur. Là où il n’y a pas de concours, la faveur intervient. On veut sans doute aussi le remplacer par la discrimination positive. Derrière tout cela, le pouvoir actuel trouve les élites trop blanches. Il faut donc un peu les colorer.
Et enfin, les écoles de commerce suppriment les épreuves ou diminuent l’importance des épreuves de culture générale dans le concours, parce que considérée comme trop discriminantes.
Le Général de Gaulle considérait que la culture générale et l’histoire formaient à gouverner. Par conséquent cela donnait des références dans le temps et dans la profondeur.
On est en train de vivre la destruction du système français. Il ne faut pas se faire d’illusion. Les systèmes anglo-saxons sont aussi des systèmes sélectifs avec des grandes universités. La critique que l’on peut en faire c’est que l’on complète la sélection par le mérite. Elle est tout à fait positive par la sélection par l’argent. C’est le modèle Macron.

On va donc garder un système d’élite avec des quotas, mais sans méritocratie…

Absolument, on va supprimer une sélection par le concours. Les concours ne sont jamais parfaits, mais ils mettent tout le monde sur un pied d’égalité. Il y a des règles du jeu. Honnêtement, jusque dans les années 70-80, avant que l’Éducation nationale ne se dégrade, il y avait un accès social diversifié. Ce n’est plus possible aujourd’hui. On est dans la destruction du modèle traditionnel de l’Éducation nationale. Ce n’est pas en injectant des gens venus de banlieue, ne maîtrisant pas notre culture fondamentale, qu’on va améliorer la situation. On va simplement la dégrader un peu plus. Le plan de Macron est de détruire tout ce qui peut avoir constitué le modèle français.

Y a-t-il vraiment une volonté de détruire ?
N’est-ce pas uniquement de la communication à « moindre coût » ?

La communication n’est jamais neutre. Je crois que Macron a un vrai projet politique. Les grands oligarques qui l’ont fait élire veulent mettre à bas le modèle français. Ce qui est très significatif, c’est la vente d’un certain nombre de grandes entreprises technologiques françaises aux Américains.
On pense récemment à Latécoère et Alstom lorsque qu’Emmanuel Macron était ministre des Finances.

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