Audio - Editoriaux - Entretiens - Politique - 5 juin 2019

Jean-Frédéric Poisson : « L’union des droites est une affaire de partis, la reconstruction de la France, l’affaire du peuple ! »

Le début de cette semaine aura été marqué par l’intervention de Marion Maréchal, sortie de son silence, et la démission de Laurent Wauquiez, conséquence de l’échec des Républicains aux élections européennes.

Le paysage politique français se redessine : entre La République en marche et le Rassemblement national, quel avenir pour la droite ?

Réponse, en images, de Jean-Frédéric Poisson pour Boulevard Voltaire.

Lundi soir, Marion Maréchal est sortie de son silence politique et Laurent Wauquiez a démissionné. Qu’avez-vous retenu de cette soirée ?

La démission de Laurent Wauquiez rebat le paysage politique français à droite. C’était une décision courageuse, car il est difficile d’abandonner une telle responsabilité. J’ai donc salué cette décision. Mais je crois que la décision devenait intenable et, donc, sa décision nécessaire.
La volonté des Républicains d’écarter la doctrine conservatrice comme le socle d’un projet politique est désormais actée, avec la démission de Laurent Wauquiez. Je vois l’empressement d’un certain nombre de ténors de droite à défendre qu’il est temps d’épouser le sens de l’Histoire, la modernité, le progrès et toutes choses qui sont dans le cours du temps.
Cela ouvre donc, pour beaucoup d’entre nous, un espace politique qui n’était qu’entrebâillé, il y a encore quelques semaines.
En ce qui concerne la prise de parole de Marion Maréchal, je n’ai pas entendu qu’elle revenait en politique mais qu’elle continuait à s’intéresser à la chose politique. C’est, évidemment, son droit et intéressant pour nous tous. Il faudra peut-être que, le moment venu, elle clarifie ses intentions, pour que tout le monde y voie plus clair.

Avez-vous l’impression de vivre avec votre temps ?

Oui, complètement. Nous vivons bien tous dans le même temps. Beaucoup, chez Les Républicains, font la même erreur qu’en 2012 et 2017. En 2012, beaucoup ont pensé que Nicolas Sarkozy avait perdu pour avoir été trop droitier. En 2017, ils ont considéré que François Fillon avait perdu pour avoir été trop conservateur. Ça recommence !
Les deux fois, ils se sont trompés. Nicolas Sarkozy a perdu sur son style personnel bien plus que sur son projet personnel. Et François Fillon a perdu en 2017 parce qu’il était trop libéral, non pas parce qu’il était trop conservateur.
Cette volonté d’évacuer un esprit conservateur de la composition d’un projet politique me paraît être une erreur stratégique définitive.
Les électeurs auront, à nouveau, l’occasion de se demander à quoi il sert de voter Les Républicains dans un contexte où Emmanuel Macron a épuisé tout ce qu’il leur resterait s’ils évacuaient le conservatisme de leur doctrine, c’est-à-dire une vision néolibérale de la société. « Autant voter pour l’original que pour la copie ». Et l’original, de ce point de vue, n’est pas du côté du Rassemblement national mais de La République en marche.
La compression qu’a subie la liste LR aux européennes est effectivement le signe qu’il n’y a plus, aujourd’hui, pour beaucoup d’électeurs, de raisons objectives de voter pour Les Républicains.

Marion Maréchal peut-elle être une solution à l’union des droites, notamment pour ceux qui n’osent pas franchir le pas du Rassemblement national ?

Sans doute que oui. De toute façon, au point où nous en sommes, toutes les bonnes volontés, désireuses de fonder un programme fondé sur des principes qui sont issus du conservatisme politique, sont les bienvenues.
Toutefois, elle n’est pas revenue. Elle a pris la parole après un temps assez long. C’est son droit et c’est une bonne nouvelle et un élément positif dans le travail de construction que nous devons faire de façon collective.
Je pense, néanmoins, que l’union des droites n’est pas la question posée. Je crois que le sujet est plutôt la reconstruction de la France. L’union des droites est une affaire de partis politiques ; la reconstruction de la France est une affaire de relation avec le peuple. Il ne faut pas se tromper de sujet.
S’il s’agissait de recomposer un paysage politique moribond, on referait quelque chose de moribond. La vitalité viendra d’ailleurs. Les unions ne viendront que de la volonté de bâtir un projet commun. Il faut donc s’interroger sur ce projet commun d’abord. Ensuite, nous verrons qui pourrait le porter.

Peut-on reconstruire la France sans faire cette union des droites ?

J’espère que oui, sinon, ce sera compliqué. L’union des droites est éventuellement une étape importante, mais certainement pas l’horizon ni l’essentiel. Cela ne représente que 500.000 militants, alors qu’il y a 44 millions d’électeurs et 70 millions de Français. Il faut parler aux adhérents des partis, mais ils ne doivent pas être considérés comme l’alpha et l’oméga de toute forme de travail politique.

La bipolarité LREM-RN est-elle dangereuse, selon vous ?

Les partis politiques ont une capacité de résilience bien supérieure à beaucoup d’autres organisations. Je ne pense donc pas que le Parti socialiste soit mort, ainsi que Les Républicains. Ils ont tous les deux un problème d’identité et de doctrine. Je ne doute pas qu’ils sauront mobiliser tous les moyens nécessaires pour renouer avec au moins un socle idéologique satisfaisant. Ils doivent le faire dans le respect de leur histoire. C’est leur responsabilité.
La bipolarité rêvée par M. Macron n’existe, pour l’instant, que dans les urnes des européennes, qui ne sont pas toute la vie politique.
Il ne faut pas considérer, non plus, que l’aile gauche soit morte. Il ne faut pas croire que les 24 %-25 % des voix d’électeurs de gauche qui se sont exprimées aux européennes ne comptent pour rien. Ils sont là. Ils existent et eux non plus ne sont pas convaincus par La République en marche.
Je ne crois donc pas en cette bipolarité. Je pense que cela fait partie d’un scénario monté de toutes pièces par le chef de l’État pour organiser et préempter le second tour des prochaines élections présidentielles. Je pense qu’il ne faut pas tomber dans ce panneau-là. Il reste un espace pour parler à la fois à ceux qui sont attachés aux valeurs traditionnelles de la France, à son patrimoine et à sa culture et qui en font la priorité de leur analyse politique, tout autant qu’aux gilets jaunes qui sont, dans leur essence, un mouvement conservateur. Ils veulent garder leurs racines et leurs modes de vie et ils veulent de la protection. Tout cela est très conservateur dans son inspiration.
On voit donc bien que la bipolarité proposée par M. Macron ne répond ni aux premiers ni aux seconds. Il y a donc là un espace politique à constituer qui soit capable de rassembler bien au-delà des étiquettes politiques disponibles aujourd’hui.

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