Editoriaux - Médias - Télévision - 5 juin 2019

Et si on se couchait… à l’heure d’« On n’est pas couché » ?

Émission française de débat et d’« infodivertissement », « On n’est pas couché » (ONPC) plaît. Du moins elle a plu car, au regard des chiffres, l’audience baisse de saison en saison, passant de 1,2 million de spectateurs, en 2011, à 840.000, en 2019. Tandis que les invités défilent, les chroniqueurs se défilent. Est-il l’heure, pour l’émission, de se mettre au lit pour de bon ?

Zemmour, Naulleau, Pulvard, Polony, Salamé, les aimables Caron et Moix, Consigny et Angot : tous sont passés sur les bancs d’« On n’est pas couché » et ont, au gré des émissions, présenté des analyses fines (ou pas) devant maître Ruquier. En 2014, celui-ci expliqua la finalité de son petit bébé télévisé : « “ONPC” incarne un pan des journalistes qui disent : non, les journalistes ne doivent pas être couchés, il est normal que l’on bouscule les gens. » Supercherie ! Dorénavant, l’émission se prête au jeu de l’entre-soi où le débat critique s’éclipse au profit de l’apologie du politiquement correct. Les chroniqueurs et les invités ne font qu’une paire. Ils s’aiment tous, ils rigolent tous, ils s’approuvent tous : que demande le peuple !

Justement, le peuple fidèle à l’émission se lasse des leçons de maître Ruquier et de ses comparses. La baisse d’audience en témoigne. D’année en année, le maître fait un écrémage de ses premiers de classe, laissant bredouille Zemmour, Naulleau, Polony et bien d’autres. Il y a peu, Charles Consigny a décidé de quitter cette cour de récré du samedi soir pour se consacrer pleinement à son métier d’avocat. La prochaine qui manquera à l’appel sera Christine Angot qui, après des propos polémiques sur l’esclavage lors de la dernière émission, n’est plus la bienvenue. Le maître l’a dit sur son compte Twitter : « La romancière ne sera plus chroniqueuse dans mon émission où elle était arrivée en septembre 2017. »

De toute façon, l’élève Angot déplut et causa nombre de problèmes, faute de tempérance, de sérénité et d’écoute envers ses camarades. Si cette école « ruquienne » eut du succès, c’est bien parce qu’elle bouscula les codes en mêlant le débat, la critique rigoureuse et la camaraderie dans une ambiance bon enfant. Malheureusement, l’excellence se perd puisque, désormais, les élèves du maître sont adeptes de l’école buissonnière.

Tandis qu’« On n’est pas couché » est bien parti pour se coucher, l’émission « Zemmour et Naulleau », diffusée tous les mercredis soir sur Paris Première, ravive le débat télévisuel. Les deux Éric, anciens élèves de Ruquier et chouchous des fidèles d’ONPC, plaisent grâce à leurs analyses, à leur travail et à leurs invités aux sensibilités politiques plurielles. François Jost, sémiologue, admet qu’ONPC pâtit du départ des deux Éric : « Avec Naulleau et Zemmour, on avait une figure de gauche et une autre de droite, il me semble que ce n’est plus aussi clair désormais. »

Quand les deux meilleurs élèves plient cartables, la classe devient cocasse. Maître Ruquier pourra considérer le verbe pascalien « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre. »

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