Cinéma - Editoriaux - Histoire - Table - 25 février 2018

Jean Dujardin dans Le Retour du héros : cocktail réussi d’un scénario à la hussarde et de sentiments délicats

« Là-bas, je ne suis rien ; ici, je suis le capitaine Neuville, et ce n’est pas rien. »

Ainsi Charles-Grégoire Neuville, alias Jean Dujardin, explique-t-il à Élisabeth Beaugrand, la fille aînée de paisibles châtelains bourguignons, qu’après avoir déserté le combat, et bien que se trouvant du fait de sa longue cavale dans un état de clochardisation avancée, hirsute et sale à souhait, il souhaite reprendre ses habits de hussard de l’armée napoléonienne et reparaître au château. La jeune femme tente de l’en dissuader, car tout le monde le croit mort « et c’est mieux ainsi ». Ce qui, bien sûr, ne l’empêchera pas de faire, une fois lavé et rasé, une apparition flamboyante dans l’allée du château, caracolant sur un immense cheval, dans son bel habit rouge de hussard !

Au début de l’histoire, en 1809, il devait épouser la fille cadette des Beaugrand, la sœur d’Élisabeth, Pauline. Parti à l’armée le lendemain de ses fiançailles sans plus jamais donner de ses nouvelles, il l’avait laissée dans un état de désespoir tel que, malade, elle se serait laissée mourir si sa sœur Élisabeth n’avait eu l’idée de lui écrire de fausses lettres de son fiancé.

Mais voilà. Les années passant, lasse de conter les exploits imaginaires du héros au long d’une correspondance qui menaçait de ne jamais finir, Élisabeth, à bout d’imagination, l’avait fait mourir au combat. Sa sœur s’était alors mariée à un autre et tout était pour le mieux.

Et voilà qu’il revient !

La suite est burlesque et arrache des rires francs, mais pas seulement.

La rencontre à haut risque entre le déserteur et un général d’Empire que l’arrivée des cosaques jusqu’en Bourgogne ramène au château révèle soudain, chez le hussard, une sensibilité inattendue. Son récit de la bataille d’Essling suspend le souffle des auditeurs dans le film mais aussi dans la salle de cinéma, confirmant la qualité de très grand acteur de Jean Dujardin.

La fin, où Charles-Grégoire Neuville se montre à la fois héroïque… et à nouveau déserteur, par amour cette fois, lève le voile sur le véritable propos du film : le mélange très particulier de bravoure et de lâcheté du mâle de l’espèce.

Son courage peut se trouver stimulé, et la lâcheté – qui lui évite d’avoir à y recourir trop souvent- peut reculer devant l’honnêteté exigeante d’une femme qu’il admire.

Sa forme de courage à elle, c’est de maintenir sans faiblir le pied sur la tête du dragon, et de redonner un coup de talon vengeur chaque fois qu’il prétend relever la tête.

Mélanie Laurent, repérée par Gérard Depardieu sur le tournage d’Astérix et Obélix il y a dix ans, et désormais au faîte de sa carrière, fait une très belle prestation de dans ce rôle.

La délicieuse Évelyne Buyle, connue du grand public pour son rôle d’ex-épouse indulgente et naïve de Louis la Brocante, fait ici une belle-mère du meilleur monde, tour à tour enthousiaste et indignée, parfaite.

Quand à la piquante Noémie Merlant qui, quoique jeune, a déjà quinze films à son actif, elle incarne de manière totalement plausible et fort distrayante une Pauline qui, sous ses allures de vierge effarouchée, est en réalité une libertine au caractère bien trempé.

Un beau film de Laurent Tirard. Ce grand professionnel, longtemps à l’école des meilleurs réalisateurs américains et qui n’était guère connu jusqu’ici du grand public que par Astérix et Obelix, nous offre là à la fois une comédie légère d’excellente facture et une réflexion sous-jacente plus profonde sur la nature humaine et les relations hommes-femmes.

L’intrigue amoureuse en demi-teinte, à acteurs multiples, rappelle même par moments Les Affinités électives, ce beau film des frères Taviani sur un texte de Goethe qui, a travers des amours emmêlées, explore des ressorts complexes de la nature humaine.

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