Jacqueline Eustache-Brinio, sénatrice (LR) du Val-d’Oise, a été menacée et insultée devant son domicile, après la suppression d’un terrain de foot municipal sauvage où les consignes sanitaires face à la pandémie de coronavirus n’étaient pas respectées. Elle a déposé plainte.

Explications au micro de Boulevard Voltaire.

Valeurs actuelles a révélé votre situation. Vous êtes bloquée chez vous, assiégée par une bande de jeunes. En cause, la destruction d’un terrain de football. Quelle est la situation, aujourd’hui ?

Aujourd’hui, la situation s’est calmée, même si la police est encore bien présente. Cette situation a commencé vendredi matin. Le maire de Saint-Gratien qui m’a succédé, il y a deux ans et demi, a décidé, à juste titre, de supprimer un très beau terrain de football qu’un certain nombre de personnes s’était approprié. Le maire a constaté que ce terrain de foot n’était plus sous la gestion et sous la maîtrise de la ville, alors que c’était une propriété municipale. Il était l’objet de convoitises terribles avec des équipes de foot qui venaient d’ailleurs dans le cadre de tournois de banlieues. Il a donc décidé de supprimer ce terrain de foot pour en faire une aire de jeux pour les enfants. Il a raison.
Vendredi, un attroupement s’est formé devant la mairie. Le maire a dû être exfiltré à l’extérieur et le personnel a fermé la mairie. La police les a évacués.
Samedi, ils ont bouché des ronds-points pour que les voitures ne puissent plus circuler.
Lundi soir, vers 17 heures, une quarantaine de loustics ont débarqué devant chez moi pour faire du bruit et ont recommencé mardi soir.
Hier soir, ils n’ont pas recommencé parce que des renforts de police étaient présents. J’estime que c’est une atteinte à ma vie privée. Ils peuvent ne pas être d’accord avec le maire, penser que je suis d’accord avec lui et venir m’embêter, mais je ne supporte pas cette atteinte à ma liberté et à ma vie privée.
Je suis allée au Sénat pour travailler. Vendredi, j’ai voulu aller faire les courses, ils m’ont vue et m’ont hurlé dessus. Ma mère habite le quartier HLM. Je sais très bien que si je vais la voir, ils vont sortir.

Vous ne pouvez donc plus aller voir votre mère…

Je n’y suis pas allée depuis jeudi dernier. Ma maman est âgée et d’autres membres de ma famille s’occupent d’elle, mais je vais y retourner. Je n’ai pas peur d’eux, mais je ne leur ferai pas le plaisir de m’interpeller et de m’insulter. D’abord, je ne me laisserai pas faire et je ne veux pas leur donner le plaisir de faire des petits films sur les réseaux sociaux qu’ils exploiteraient derrière comme ils font avec la police. Quand la police les bouscule, ils ont le portable sur la poitrine et filment en disant « Regardez comme ces vilains policiers sont méchants avec nous ». Je ne leur donnerai pas ce plaisir !
Aujourd’hui, je suis restée chez moi parce que j’avais des choses à faire et que je n’avais pas envie de m’exposer, mais cela ne va pas durer longtemps. Au bout d’une semaine, la situation commence à se calmer. Nos deux conseillers municipaux du Front de gauche ne vivent uniquement par ce qui ne se passe pas bien dans ce pays. Ils exploitent cela parce que c’est leur base électorale et ils veulent exister. Ils se sont pris une belle claque aux municipales et ils n’ont toujours pas compris qu’on n’en voulait pas. C’est insupportable.

Votre situation intervient dans un contexte assez particulier. Certains élus d’extrême gauche étaient présents à la manifestation initiée par le collectif de soutien d’Adama Traoré.

Les stades de foot sont interdits. Le Premier ministre nous dit « On sort du confinement, je vous rappelle donc que le stade est fermé, basket interdit et foot interdit ». Ce sont des sports de contact. À la sortie du confinement, le Val-d’Oise était l’un des seuls départements de la métropole en rouge.
La manifestation d’Adama était interdite. Je trouve triste de perdre son frère ou un fils. Mais un peu de décence. Ses frères sont en prison pour trafic de drogue et condamnés à trente mois de prison pour extorsion de fond. On reste un peu modeste comme image de la jeunesse de France.
Sa sœur veut se faire passer pour Angela Davis, mais elle ne lui arrive pas à l’orteil.
La France est un pays généreux et extraordinaire. Des millions de gens rêveraient de venir vivre chez nous. La France n’est pas raciste, elle n’est pas dans le rejet et dans la victimisation permanente. Il faut lutter contre cela. On doit à la France ce respect-là. Le respect passe par le respect des institutions, des règles, des codes et des lois. Cela me paraît évident. Si on veut passer à autre chose, il va bien falloir que tout le monde soit un peu d’accord sur ce constat. Je ne peux pas me résoudre à l’idée que nous allons vers une France où des morceaux de petite France vont sortir de la République et vivre des lois qu’ils vont s’appliquer et qui ne seront pas les lois de la République.

Ce scénario que vous redoutez est déjà présent dans certains quartiers.

Oui, il est déjà présent, mais on ne peut pas se résigner à le dénoncer. Les élus de tous bords doivent faire un front républicain pour ne pas abandonner des petits morceaux de France. C’est inconcevable.

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