Editoriaux - Politique - 10 octobre 2019

Jacob, Larrivé, Aubert : trois styles, une époque

Dans deux jours débuteront les élections pour la présidence des Républicains, un événement qui ne semble guère susciter l’enthousiasme des médias. Il est vrai que, dans le monde merveilleux de la post-démocratie, ce sont les chaînes d’info qui désignent les candidats en lieu et place des partis. Cette joute électorale, pourtant, est digne d’intérêt en raison de la qualité des compétiteurs et de ce qu’ils nous révèlent de notre époque.

Commençons par présenter le vétéran et favori, Christian Jacob : ancien exploitant agricole, il a connu la vraie vie avant de s’envoler vers la stratosphère politique : président du Cercle des Jeunes Agriculteurs en 1992, député de Seine-et-Marne en 1995, il occupe ensuite divers strapontins ministériels dans le gouvernement Raffarin. Christian Jacob est un solide et sympathique gaillard qui sait taper sur le cul des vaches et sur les épaules des militants, mais qui a parfois dû mettre un peu en sourdine ses convictions profondes ; l’archétype de la droite chiraquienne, en somme.

Le second compétiteur, Guillaume Larrivé, s’oppose en tout point à son rival. Physiquement, son aspect filiforme contraste avec la robustesse de Jacob et il semble aussi introverti que Jacob est extraverti. Alors que le président du groupe LR à l’Assemblée est titulaire d’un BEP, Larrivé a réalisé tout le cursus honorum du jeune Français ambitieux : diplômé de Sciences Po Paris et de l’ENA, membre du Conseil d’État puis de cabinets ministériels, notamment auprès de Nicolas Sarkozy, sa carrière et son style sont éminemment parisiens, bien qu’il soit député de l’Yonne. Les militants échaudés qui reprochent à Christian Jacob de renier ses convictions par réalisme soupçonnent, inversement, Guillaume Larrivé de se positionner très à droite par électoralisme. Guillaume Larrivé incarne donc la droite sarkozyste.

Le troisième candidat, enfin, Julien Aubert, est un peu la synthèse des deux précédents. Physiquement, il pourrait presque être le résultat d’une procréation transgénique de ses deux concurrents et son caractère allie le lustre du haut fonctionnaire parisien (c’est, lui aussi, un énarque) à une certaine jovialité et simplicité provinciale ; provençale, en l’occurrence, puisque Julien Aubert est député de Vaucluse depuis 2012. Ni vraiment chiraquien ni vraiment sarkozyste, il pourrait incarner la droite à venir, celle qui « osera la France », pour paraphraser le nom de son micro-parti.

Mais au-delà de leurs différences de style, les trois candidats à la présidence de LR sont les révélateurs du tournant politique qui s’opère à droite de l’échiquier, car tous les trois sont des conservateurs qui se sont illustrés, en 2013, dans la lutte contre la loi Taubira, Aubert et Larrivé ayant confirmé leur positionnement par leur présence à la grande manifestation anti-PMA du 6 octobre, et tous les trois sont sur une ligne populiste sur les questions vitales de la gestion des flux migratoires et de la lutte contre l’islamisme, Aubert et Larrivé ayant même poussé la provocation jusqu’à soutenir la liberté d’expression d’Éric Zemmour.

Les juppéistes sont complètement sortis des radars, aspirés par le trou noir macroniste, et plus personne ne peut espérer gagner une élection interne à droite sur la ligne libérale-mondialiste, ce qui est à la fois une bonne nouvelle et le signe d’un changement d’époque.

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