À la fin du mois d’août dernier, Salih al-Aruri, numéro deux du Hamas, évoquait lors d’une interview la nécessité de précipiter Israël « à court terme » dans une guerre régionale sur plusieurs fronts. D’après lui, si la guerre éclatait, Israël subirait alors « une défaite sans précédent dans son histoire ». « Nous en sommes certains, avait-il ajouté. Et [Israël] sera soumis à de nouvelles réalités. Sa position, la façon dont il est perçu par le monde… leur propre confiance en eux-mêmes… et aussi ceux qui dans la région espèrent qu’Israël servira de garant et de protecteur – tout cela va changer. »

Une prophétie qui s’est en grande partie accomplie, quelques semaines plus tard. Depuis le 7 octobre dernier, tout a effectivement changé. Avec une brutalité inouïe, les Israéliens se sont découverts tragiquement vulnérables. Non seulement Israël ne leur apparaît plus comme un sanctuaire inviolable, mais ils comprennent que la Shoah pourrait se répéter au Moyen-Orient. Une situation qui porte atteinte à un des fondements du projet national juif et à sa promesse de garantir, à l'avenir, la sécurité de ses concitoyens.

De ce point de vue, Israël n’a donc d’autre choix que de détruire le Hamas. Un objectif qui, en lui-même, suscite les doutes de nombreux experts mais, surtout, qui s’insère dans un contexte géopolitique dégradé. Malgré sa détermination, et alors que ses troupes au sol s’engagent dans Gaza, Israël se retrouve au milieu de plusieurs cercles concentriques de menaces qui font peser sur lui un danger existentiel.

Premier cercle : le dilemme palestinien

Le 22 septembre dernier, à la tribune de l’ONU, Benyamin Netanyahou annonçait l’avènement d’un nouveau Moyen-Orient. Dans le prolongement des accords d’Abraham, et grâce aux efforts conjoints des États-Unis, Israël s’apprêtait à conclure une paix historique avec l’Arabie saoudite. « Une telle paix contribuera grandement à mettre fin au conflit israélo-arabe. Cela encouragera d’autres États arabes à normaliser leurs relations avec Israël. Cela améliorera les perspectives de paix avec les Palestiniens. Cela encouragera une réconciliation plus large entre le judaïsme et l’islam […] », déclarait le Premier ministre israélien.

L’attaque terroriste du Hamas a violemment mis un terme à cette espérance, et tel était certainement son but. Le « vieux » Moyen-Orient est ressorti des limbes où Américains et Israéliens pensaient l’avoir définitivement enfermé. Et contrairement aux attentes de Netanyahou, Israël ressemble à nouveau à « un petit pays isolé, entouré d'un monde arabe hostile ».

Or, à mesure que leurs opérations militaires s’intensifient, que le bilan des victimes civiles dans Gaza s’alourdit et que le sort des otages devient plus incertain, les Israéliens se retrouvent confrontés à un deuxième piège. Aidé par une grande partie de la gauche médiatique et politique occidentale, le Hamas mène une guerre psychologique et informationnelle visant à discréditer moralement l’État hébreu et à le contraindre ainsi à stopper ses opérations militaires.

Subissant une terrible inversion accusatoire, Israël est tenu pour responsable de la tragédie du 7 octobre dernier qui ne serait que la conséquence de la politique de Benyamin Netanyahou et d’un processus de normalisation tentant d’esquiver la « question palestinienne ». Peu importe, alors, l’idéologie djihadiste ouvertement génocidaire du Hamas, Israël est sommé de renoncer à ses objectifs sécuritaires et d’accepter une solution négociée au conflit.

Une approche qui passe un peu vite sur le contexte régional dans lequel s’insère l’attaque du Hamas. La lutte pour l’hégémonie qui déchire le Moyen-Orient peut en effet laisser penser que derrière ce que d’aucuns considèrent comme le retour de la « question palestinienne » se cache, en réalité, la persistance de la « question iranienne ». (À suivre)

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 05/11/2023 à 15:03.

5170 vues

03 novembre 2023 à 13:00

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.

34 commentaires

  1. Israël se discrédite bien tout seule. « Nous sommes le peuple de la lumière, ils sont le peuple des ténèbres », a déclaré M. Netanyahou dans un discours à la nation très remarqué la semaine dernière, « et la lumière triomphera des ténèbres ». Ces propos sont ceux d’un destructeur de personnes et d’espoirs, d’un homme qui ne parvient pas à s’extraire de l’Ancien Testament et qui exige de manière absurde que nous vivions avec lui, d’un homme qui ne devrait tout simplement pas être à la tête de quoi que ce soit au XXIe siècle.

    1. Il est pourtant bien évident pour un observateur lucide (c’est donc par erreur que je vous réponds) que les islamistes représentent l’obscurantisme, la terreur, l’ignominie et la décérébration, au point de faire passer Savonarole, Torquemada et hitler pour des « sachants » « éclairés » et les gens comme vous pour ce qu’ils sont.

  2. Les arabo-musulmans occupent les trois quarts de la Palestine :la Jordanie ;ils auraient dû tous y être regroupés. Ils n’ont rien à faire sur les terres ancestrales hébraïques ;à fortiori Jérusalem ville juive plusieurs fois millénaire.

  3. @Frédéric Lassez, j’admire toujours beaucoup vos articles et je peux ajouter qu’en écrivant celui que je lis aujourd’hui vous faites preuve de courage.
    Lorsqu’Alain Bauer écrit dans les commentaires ci-dessous :
     » Quant à l’opprobre qui serait jetée sur Israël à laquelle se réfère l’auteur de l’article, elle n’est que la voix des antisémites. »
    A. Bauer nous rappelle simplement que chez les vassaux des USA la vie d’un enfant palestinien ne peut être évaluée comme ayant autant de valeur que celle d’un enfant israélien.
    A tire personnel, je répondrais que nous chrétiens, avons appris de Notre Seigneur Jésus Christ, qui était Juif souvenons nous en, que tout homme est la créature d’un seul et même Créateur et que nous devons verser autant de larmes pour tout enfants martyrs de la folies des hommes !

  4. L’essentiel de nos médias, de gauche par nature, ne peuvent que se situer dans le sens du vent, celui dicté par le Chef de l’Etat  » préserver la population palestinienne » donc, par voie de conséquence, encourager implicitement tout ce qui contribue à discréditer l’action des forces armées israéliennes. A noter un point qui n’est jamais évoqué par nos journalistes. Si Israël a relâché son attention envers la bande de Gaza c’est peut-être parce qu’il accordait une certaine forme de confiance aux palestiniens. Apparemment, confiance mal placée, mal reconnue. Mais ce pouvoir israélien est certainement plus conscient de l’état d’esprit des musulmans que peut l’être Macron lequel est embourbé dans son humanisme utopique, dans ses Droits de l’Homme et dans ses états d’âme d’impuissant. Les musulmans extrémistes n’ont pas de principes. La mort est un sujet de distraction. Imaginez la France soumise à un pogrom d’amplitude égale à ce qu’a vécu Israël. La France aurait 12 à 15 000 victimes. Réaction de Macron : agir sur les terroristes oui, préserver les civils oui. Ce sont pourtant les civils qui hébergeraient ces terroristes, les nourriraient et les protègeraient. Macron chef de guerre avez-vous dit ? Avec des soldats de plomb certainement.

  5. Si Israël tombe notre tour viendra. Les pays musulmans ont une vocation d’hégémonie et la paix ne fait pas partie de leurs projet. Ceux qui pleurnichent sur les bombardements de Gaza en occultant bien vite les atrocités du Hamas ne mesurent pas le danger des critiques du gouvernement israélien à qui on n’a pas laissé le choix.

  6. Nous assistons à une pièce de théâtre tragique. Il serait intéressant d’en connaître les coulisses .

    1. Les coulisses, c’est l’Iran et plus encore l’abominable poutine et sa clique de kgbistes auxquels je souhaite de subir ce que le hamas a fait subir aux Israéliens.

  7. L’histoire va-t-elle se répéter? En juillet 2001, la communauté juive de New York signait un avis (publié en France par le Monde), pour qui le gouvernement de Tel Aviv « serrait trop la vis « aux Palestiniens. Deux mois plus tard, c’était le 11 septembre. Aujourd’hui encore, les juifs d’Amérique ne se reconnaissent pas unanimement (et il s’en faut de très loin) dans le gouvernement de Nétanyahou. Les Sages sont en majorité mais c’est la violence qui a la parole.

  8. Une paix avec les Palestiniens ? Mais il y a juste un obstacle : la Palestine est un mythe, un mirage et les palestiniens n’existe qu’en tant qu’arabes. Et ceux-ci n’existent à Gaza et en Judée-Samarie que pour détruire Israël. Parle-t-on alors de la paix des cimetières ?
    Quant à l’opprobre qui serait jetée sur Israël à laquelle se réfère l’auteur de l’article, elle n’est que la voix des antisémites. « Les chiens aboient, la caravane passe »

    1. Bravo; Gaza mérite le sort de l’Allemagne en 1945, mais elle sera peut-être plus difficile à dénazifier, et il y a , hélas!!!! 3 Mds de musulmans dont beaucoup sont fanatisés.

  9. Je vais encore me faire mépriser par les « sachants plein de certitudes » mais je pense qu’Israel a déjà perdu du simple fait de sa réponse disproportionnée (400 enfants tués par jour selon l’UNICEF). Si Israel avait dit après le 7 octobre quelque chose comme ça : « on arrête de s’entretuer, on change tout… » et n’avait pas assouvi sa vengeance, Israel serait sorti grandi alors que maintenant ils ont le monde musulmans contre eux, l’Arabie Saoudite les renie et des vocations de djihadistes naissent par milliers chez leurs voisins. La puissance militaire a ses limites et ne durent qu’un temps (cf l’Arménie qui a gagné la guerre contre les azéris 1988/94…). La destruction de Gaza est sans issue (on fait quoi après?). Par ailleurs, je voudrais aussi signaler très mauvaise foi de  » l’occident collectif droit de l’hommiste sélectif » qui via la CPI lance un mandat d’arrêt contre Poutine pour avoir mis à l’abri des bombes, les enfants du Dombass, en Russie ne s’émeut guère des milliers d’enfant qui meurent sous les bombes à Gaza.

    1. Vous avez parfaitement raison. On nous serine de bombardements russes dits « massifs » en Ukraine qui font « deux morts » et Poutine est inculpé par la CPI. Netanyahou bombarde Gaza, une nasse fermée, à outrance, on en est à neuf mille morts, en quelques jours, les hôpitaux et zones de réfugiés sont bombardés, et l’on n’entend pas la CPI.

    2. Moi qui suis « un sachant plein de certitudes », je pense que vous avez raison. Israël aurait dû dire au hamas :On arrête de s’entretuer » et on accepte que vous mettiez pleinement en application votre charte qui déclare la destruction d’Israël et de tous les juifs.
      Peut-être même qu’Israël pourrait s’excuser du pogrom que le hamas acconpagné de civils gazaouis a été obligé d’accomplir.
      Pour les 240 otages, je ne sais pas ce que vous en pensez mais je suis de tout coeur avec la solution clé en mains que vous proposerez.

      1. Vous caricaturez mes propos. Avec ce type de commentaire ironique et méprisant vous vous ridiculisez.

      2. Si vous êtes un sachant ce dont je ne doute pas un seul instant pensez vous sincèrement que le Hamas ou plus largement l’Islamisme souhaite la paix avec l’Occident et surtout les juifs ainsi que deux états ils l’ont écrit c’est non ! vous réfléchissez en occidental pacifique endormi par 70 ans de paix obtenu grâce a l’horreur de l’atome c’est tout a votre honneur mais vous vous trompez

      3. Car vous pensez honnêtement que le Hamas va arrêter d’envoyer quotidiennement des roquettes artisanales sur Israël ? Que feriez-vous si notre voisin balançait au jugé des roquettes sur votre ville dans l’espoir de toucher et tuer un maximum de gens et cela tous les jours depuis quelques années ?
        Non, je pense qu’Israël a raison de répondre et de vouloir éradiquer ce mouvement terroriste criminel. C’est sans aucun doute la bonne manière d’arrêter tout cela et de pouvoir vivre en paix dans son propre pays.
        Maintenant, pour combien de temps ?

    3. Vous n’êtes pas objectif : »400 enfants tués par jour selon l’UNICEF », et combien d’enfants juifs ont été tués ? De toute évidence cela n’a aucune importance. « Israël a déjà perdu » : vous prenez vos désirs pour des réalités. « on arrête de entre-tuer, on change tout… » ; bienvenue au monde des Bisounours. En matière « sachant » vous vous posez là.

      1. Je ne souhaite pas qu’Israel disparaisse. Je dis qu’ils hypothèquent leur avenir avec cette réaction. Je ne me considère par comme sachant. Je ne détiens aucune vérité , c’est juste mon analyse de la situation. Exprimez votre désaccord mais respectez l’opinion des autres. Manifestement cela vous est difficile sans mépriser.

      2. L’important est-il donc de faire vos comptes de petit commerçant? Ou de faire du « cékikacomencé », comme dans une cour de récréation? Si vous usez des mêmes méthodes que votre ennemi (ou pire, dans ce cas) alors vous êtes comme lui. Quant à « tout changer » bien des voix se lèvent, et même chez les Israéliens, pour demander un changement de cette politique israélienne, qui depuis dix ans et plus ne mène à rien qu’à des Intifada.

    4. J’imagine les mêmes paroles en 1918 ou 1945 ou au crépuscule des innombrables massacres à travers le monde ou les victimes de monstres sanguinaires avec toujours de bonnes excuses a la clé diraient ont oublie tout : « on arrête de s’entretuer, on change tout… » par respect pour les millions de morts dont les noms ornent les monuments ayant donné leurs vies pour pouvoir ne serait-ce penser librement ou écrire ce genre d’inepties la paix et le bonheur des générations futures s’impose toujours au prix d’insupportable bain du sang d’innocents ou pas d’ailleurs

    5. Naïveté confondante au point d’en être coupable. Depuis la nuit des temps l’homme domine ou est dominé par son semblable, il s’impose ou on lui impose, il gagne ou il disparait. Les périodes de paix, les accommodements possibles entre individus différents ou entre états ne sont que des anomalies de l’histoire, quand bien même il faut essayer de les cultiver, de s’en réjouir et d’en profiter, je précise.
      Le problème c’est que l’homme c’est avant tout la guerre et que la guerre c’est avant tout la mort. Et quand sur ce substrat on ajoute les religions, toutes les bonnes raisons et tous les alibis sont en place pour atteindre cet objectif.

  10. On n’enseigne pas à tendre l’autre joue à des gens qui depuis deux mille ans n’ont jamais reçu que des gifles André Malraux

  11. Le terrible mensonge est que le gouvernement Netanyahou parlait de paix possible au Moyen-Orient. Sans rien normaliser avec les Palestiniens. Pendant des années son inaction a été manifeste, évidente, qui croyait ignorer le problème comme on passe la poussière sous le tapis. Ni un état (sauf s’il est sioniste et non démocratique comme le veut la théorie) ni deux états: RIEN. C’est le gouvernement de l’ultra-Droite, en coalition parce que le peuple israélien n’en veut majoritairement pas, l’électorat des colonies violentes. N’ayant rien fait ça pète avec le Hamas – et pourquoi serait-ce la dernière fois?) et ça revient à la figure des Israéliens qui peint la note. Netanyahou est politiquement et humainement monstrueux (on se demande pourquoi la CPI ne s’est pas encore occupée de lui) et le retour rapide de Blinken à Tel Aviv traduit l’embarrassement croissant des Américains, qui voient leur popularité dégringoler pour soutenir une mauvaise politique. On aura beau partout dire en se voilant la face « c’est la faute à l’islamisme » (comme on a dit « faire la guerre à la terreur », à l’immatériel) tant qu’on ne forcera pas une solution honnête et viable, le monde entier continuera d’en pâtir.

  12. L’Hégémonie est arabe et musulmane . Je pose la question , combien de pays juifs et combien de pays musulmans dans la région ? Ils étaient où les juifs avant d’entreprendre leur exil forcé ? Les juifs ne sont pas sortis de nulle part ! Leurs lieux d’existence était grosso modo constitué par l’Etat d’Israël , la Cisjordanie , le sud Liban et l’ouest de la Syrie d’aujourd’hui .

  13. Qui veut la guerre ? Pourquoi veulent ils la guerre ? Comment font ils la guerre ? Seulement contre Israël ? Il semblerait que les Français aient compris.

    1. Rien n’est moins sûr. Tant que seront tolérées les manifestations nazislamistes à Paris et ailleurs, c’est que la France n’est pas prête à se battre pour sa survie.

      1. Entièrement d’accord avec vous. Les français regardent ailleurs, ils ont d’autre sujets importants en ce moment, les vacances se terminent, ils faut penser aux prochaines !

Les commentaires sont fermés.