Il y a un mystère Mélenchon. Après être monté si haut, comment a-t-il pu tomber si bas ? En 2017, il s’en faut de peu pour qu’il figure au second tour de l’élection présidentielle. Aujourd’hui, il se contente d’être le premier des derniers, seule figure de gauche dont le nom dise encore quelque chose à des électeurs « progressistes » pour les moins désorientés.

Pourtant, tout avait si bien commencé. Inspiré par les travaux de la philosophe belge Chantal Mouffe, il parvient à théoriser un populisme de gauche, sorte de jumeau du Rassemblement national, qui parvient un temps à donner corps au camp du non de gauche aux traités de Maastricht et d’Amsterdam. D’ailleurs, en 1998, n’est-il pas l’un des seuls députés socialistes, avec son alter ego trotskiste Julien Dray, à voter contre le passage à l’euro ?

Leur trotskisme vaut qu’on s’y arrête. Mélenchon vient de l’OCI, Organisation communiste internationaliste ; Dray de la LCR, Ligue communiste révolutionnaire. Les deux révèrent la figure de Léon Trotski, mais à l’OCI, c’est le chef de guerre qui réorganise l’Armée rouge en y rétablissant grades et discipline qu’on célèbre. Alors qu’à la LCR, c’est l’intellectuel à l’esprit tant enfiévré qu’internationaliste qui est mis à l’honneur, d’où sa place prépondérante dans des luttes plus sociétales que sociales : création de SOS Racisme sous houlette élyséenne, des « sans-papiers » et autres « minorités ».

A contrario persiste un certain tropisme « national », chez les militants issus de l’OCI. Lionel Jospin, par exemple, qui qualifie l’« antifascisme » des antilepénistes de « théâtre ». En 1988, déjà, lors de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle, le gratin de ces trotskistes qualifiés de « lambertistes », du nom de leur fondateur Pierre Boussel, dit « Lambert », va écouter le discours de Jean-Marie Le Pen dans le jardin des Tuileries. On en retrouvera bientôt certains au Front national, à Radio Courtoisie, au Choc du mois, à l’Action française, à Minute ou au GRECE (Nouvelle Droite).

Jean-Luc Mélenchon est le fruit de cette matrice. D’ailleurs, jusqu’en 2017, ses positions sur l’immigration sont encore « lepéno-compatibles » : « Une fois que ces gens sont là, que voulez-vous faire ? Les rejeter à la mer ? Non, c’est absolument impossible. Donc, il vaudrait mieux qu’ils restent chez eux. » Cette même année, il refuse d’appeler à voter Emmanuel Macron contre Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Logique, il connaît son Karl Marx sur le bout des doigts, sachant bien que ce dernier tenait l’immigration pour « armée de réserve du grand capital », « grand capital » dont l’actuel Président est l’indéniable représentant.

Dès lors, les événements se précipitent. À La France insoumise, les tenants de la ligne populiste sont écartés, tel Djorje Kuzmanovic qui s’en va fonder son propre mouvement, République souveraine, ou Andréa Kotarac qui, lui, rejoint le Rassemblement national. Dans le même temps, indigénistes et islamistes envahissent l’appareil. Comme si Jean-Luc Mélenchon avait assisté, impuissant ou complice, au noyautage de son propre parti ; ce qui est tout de même un comble pour un trotskiste passé maître dans l’infiltration d’autres mouvements installés, Parti socialiste au premier chef.

À Valeurs actuelles, Marine Le Pen confie, le 26 novembre dernier : « Il tente de protéger son stock électoral. Pratiquement tous les députés LFI sont élus dans des territoires avec une très forte proportion de personnes issues de l’immigration musulmane. » Mais dans cet attelage islamo-gauchiste, qui, des tenants du quinoa ou de la charia, tient l’autre ? La volonté paraît être chez les seconds, au contraire d’un Mélenchon incarnant aujourd’hui ce qu’il vomissait hier : un chantre du cléricalisme, fût-il passé de la calotte au turban.

30 novembre 2020

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