Gérald Moussa Darmanin, nouveau ministre de l’Intérieur et des Cultes, a déclaré, lors de son intronisation, que « nous devons lutter de toutes nos forces contre l’islamisme politique qui attaque la République ». Déjà, en juin 2016, il avait publié un « plaidoyer pour un islam français » dans lequel il appelait à favoriser l’accomplissement d’un « islam sécularisé » et « assimilé à la République » car « la guerre civile couve ». Il s’autorisait, au passage, quelques raccourcis en décrivant la « masse de musulmans » peu pratiquants, « qui le sont comme une majorité de Français sont chrétiens », et qu’il assimile à « l’islam des gâteaux au miel et du couscous familial »… Il partage ainsi avec une frénésie de vouloir favoriser le financement et l’implantation de l’islam en France tout en empruntant des voies différentes, ce qui pourrait amener les deux hommes à se heurter ou l’un d’eux à se renier sur le sujet.

En premier lieu, a une vision plus jacobine que notre Président sur le rôle moteur de l’État et la façon d’essayer de maîtriser l’islam. « À l’ nous devons imposer une concorde, c’est-à-dire un ensemble de règles, peut-être pour un temps défini, afin de l’assimiler totalement à la République. » Il propose de remplacer le Conseil français du culte musulman (CFCM), créé par Nicolas Sarkozy, par un « Grand Conseil de l’islam de France », genre de consistoire musulman sur le modèle du consistoire central israélite, créé en 1808 par Napoléon Bonaparte pour organiser la pratique du judaïsme. Toutes les mosquées autorisées y seraient affiliées obligatoirement et il nommerait l’ensemble des imams.

L’intention est louable mais en opposition avec une vision plus girondine d’Emmanuel Macron qui a soutenu la création, le 5 avril 2019, de l’Association musulmane pour l’islam de France (AMIF). À la fois association 1901 culturelle et association cultuelle 1905, l’AMIF est destinée à être une véritable caisse de financement chargée du volet financier et religieux, en particulier la formation et la rémunération des imams, la construction de mosquées, mais aussi l’amélioration de l’image de l’islam en France, la lutte contre la radicalisation, la xénophobie, le racisme, en particulier antimusulman, l’antisémitisme… L’AMIF espère obtenir la régulation économique des marchés du halal et le statut de régulateur officiel des agences de voyage qui organisent le pèlerinage à La Mecque.

Second point de friction possible, la gestion des imams. En effet, le Grand Conseil de l’islam de France nommerait les imams dans chaque mosquée, ce qui organiserait donc un véritable clergé musulman alors que celui-ci n’existe pas, avec à sa tête un grand imam de France compétent pour répondre aux questions savantes et théologiques. Il serait créé un « Institut universitaire musulman », financé par la Fondation pour l’islam de France et « géré » par le Grand Conseil et où les imams « recevr[aient] un enseignement théologique, religieux, non contraire aux valeurs de la République »“. Pour Emmanuel Macron, au contraire, c’est à l’AMIF de se charger de la formation et de la rémunération des imams.

Autre opposition possible, celle concernant le financement de l’islam. Gérald Darmanin propose la possibilité, pour les collectivités locales, de « faire des avances remboursables ou des garanties d’emprunt pour les constructions de lieux de culte, ou devenir propriétaires de ces derniers ». Une forme de contrepartie à l’interdiction de « tout financement étranger ». Cela suppose une révision de fond de la loi de 1905, alors qu’Emmanuel Macron a annoncé, le 18 mars 2019, que finalement il ne voulait pas réformer la loi organisant la laïcité à la française.

Enfin, Gérald Darmanin semble opposé à « tout vêtement ostensiblement prosélyte ou qui tendrait à discriminer les femmes » dans l’espace public, donc le voile islamique, sans préciser les contours de cette interdiction. On sait qu’Emmanuel Macron a une position inverse.

Quoi qu’il en soit, le Président et son ministre de l’Intérieur seront jugés en aussi, et en premier lieu, à l’aune des résultats obtenus dans la lutte contre l’islam politique et le séparatisme islamiste, pour lesquels on attend toujours les mesures annoncées avant le confinement.

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