D’abord, il faut se réjouir qu’Enio (2 ans), Alba (2 ans) Ettie (3 ans), Peter (22 mois), Youssouf (78 ans) et Manuel (62 ans) soient tous tirés d’affaire. Malheureusement, les pauvres petits garderont sans doute des séquelles durables de la fureur assassine du Syrien Abdalmasih H., mais au moins sont-ils en vie.

On dit que la ville en demeurera durablement meurtrie mais pleine d’amour pour son prochain. Et les Français aussi. C’est surtout ce qu’a assuré le maire, François Astorg, lors du « rassemblement citoyen » sur les bords du lac d’Annecy, dimanche matin : « C'est un signe fort d'union et de solidarité. »

L’heure était au recueillement. Si tous les gars du moooonndeu pouvaient se donner la main, on ferait une roooonndeu, etc., et plus si affinités. Alors, monsieur le maire a dit des choses définitives et profondes : c’est « un rassemblement pour bâtir plutôt que haïr », « l’enfance est sacrée, elle représente la vie, et plus que cela, elle représente l’avenir », « l'ensemble de la communauté humaine a été poignardée »… Toute opinion contraire ne serait que récupération malveillante et noirceur d’âme.

À noter que nous avons, cette fois, franchi un grand pas dans l’hommage : pas de marche blanche, pas de bougies ni de nounours, pas non plus de randonnée à roller autour du lac mais un fond musical de circonstance pour accompagner le discours du maire : devant les édiles, les officiels en grande tenue, les gendarmes et les pompiers, une dame s’est avancée avec une boîte à musique puis, tournant la manivelle de son petit crincrin, elle a entonné « Parlez moi d'amour ».

Ne le dites pas à Mme Borne, mais j’ai bien vu, sur la vidéo, que le gendarme derrière la dame se mordait les lèvres pour ne pas exploser de rire. Je sais, nous sommes, en cette circonstance, priés d’attendre le feu vert du Premier ministre pour critiquer, mais bon, six jours après les faits, on est peut-être autorisé à formuler quelques remarques ?

Primo, l’émotion ne justifie pas tout. Pas plus la niaiserie musicale que l‘indigence de la fresque peinte dans la nuit – également à la demande du maire – par le duo d’artistes mexicains Los Calladitos. Ça s’intitule La Lumière du lac et… comment dire… c’est gentil. Question lumière, on n’est pas chez Georges de La Tour, c’est sûr. Jorge Peralta et Ari Galaz, les deux artistes, ont illustré « la diversité » parce que « l’art aide à s’élever en tant que société ».

Vous voulez la vérité ? J’ai honte. Honte de ce pays qui met les problèmes avec la poussière, sous le tapis, et pense pouvoir les occulter par la niaiserie infantilisante. Au point où nous en sommes, et imaginant que la boîte à musique était une allusion à l’âge des petites victimes – sinon quoi ? –, pourquoi ne pas avoir carrément choisi un « doudou musical » comme on met dans les berceaux, ou même une « boîte à meuh » ? Ah non, pas la boîte à meuh, ça fait terroir franchouillard et cul des vaches.

Une fois de plus, on essaie de se rassurer en lisant les commentaires, Twitter étant une des dernières lucarnes pour libertaires dotés de bon sens. Comme un certain Albert Frelon, reprenant la chanson dans son piquant commentaire : « "Votre beau discours, mon cœur est bien las de l’entendre". Avec des gradés de la police et de la gendarmerie en arrière-plan, cette mascarade prend une saveur particulière. »

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13 juin 2023 à 19:20

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65 commentaires

  1. Une « chance » poignarde des enfants et les autorités ne trouvent rien d’autre à faire que cette grotesque prestation avec boîte à musique ! Honteux ! Lamentable et décadent !

  2. Honte au maire d’Annecy, si j’étais parent d’une des petites victimes je porterai plainte contre ce maire…

  3. Qu’attendre de plus d’un maire écolo, c’est à dire pro-migrant , islamophile , le ridicule à ce niveau qu’est ce que c’est , de l’art avant-gardiste , de la connerie ? j’hésite .

  4. Même dans un contexte aussi dramatique, mais puisque les enfants sont sauvés, on est en droit de se rouler par terre face à de telles bêtises. Je pense à ceux qui ont piloté l’opération en maquillant cette tentative d’assassinat réalisée par un chrétien. Qui peut croire à pareilles balivernes. Société du mensonge et du spectacle ou le faux est vrai et où le vrai est faux. Oui nous pouvons dormir tranquille , l’ennemi doit se tordre de rire et on ne peut pas leur reprocher. On est prêt pour le prochain numéro.

  5. Nous fûmes un pays de sensibilité, nous sommes aujourd’hui un pays de sensiblerie. Inutile de chercher le « possible » coupable, il a été arrêté, après quelques mois de séjour indemnisé par notre état providence, mais avons nous collectivement réfléchi à qui nous devons cet état de faits qui ne cesse de s’aggraver avec le temps malgré les grands discours, les multiples lois (pas toujours entrées en application), les fleurs blanches et maintenant les boites à musique?

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