À l’automne dernier, la France s’était émue – oh, pas longtemps – d’une poussée urticante dans les universités. Bien plus toxiques que le coronavirus chinois qui défraie la chronique en ce début d’année, les démangeaisons totalitaires d’étudiants boutonneux ont contaminé « le peuple » – à moins que ce ne soit l’inverse… On ne sait jamais qui, de la poule ou de l’œuf, a pondu l’autre.

J’écris « le peuple » entre guillemets car je me refuse toujours à considérer qu’une poignée d’excités, qu’ils soient en jaune, en rouge FO et CGT, représente LE peuple. 90.000 personnes défilant sur tout le territoire, chiffres donnés pour le dernier jeudi de mobilisation, ne sont pas la France. Il n’en reste pas moins qu’on salue toujours leur pouvoir de nuisance et que, surtout, on cède devant leurs menaces. C’est ainsi, donc, qu’à l’automne dernier, on voyait les directeurs d’université plier devant quelques dizaines d’énervés et annuler conférences, pièces de théâtre, etc., qui avaient l’heur de déplaire à ces grands démocrates.

Après Mohamed Sifaoui, que les barbus n’aiment pas, après Sylviane Agacinski, qu’on empêcha d’expliquer pourquoi elle était contre « la PMA pour toutes », c’est François Hollande qui en fit les frais à l’université de Lille 2. L’ancien chef de l’État avait eu l’audace de vouloir y présenter son livre, mais chez ces gens-là, Monsieur, on ne lit pas… On censure, on déchire, on fait quelques autodafés pour se réchauffer. Au nom de la liberté, cela va sans dire…

À l’époque (15/11), Bernard Quiriny s’en amusait dans Le Point, pensant qu’il y avait, au fond, du bon à tirer de tout cela, une forme d’éducation à la vie car, disait-il, « le fait de côtoyer jour après jour de tels excités, d’assister dans les facs à leurs manifestations d’intolérance, frotte les étudiants à une réalité qu’il leur faut connaître ». Et d’ajouter : « Ils font en somme, sans frais supplémentaires, l’expérience visuelle du fanatisme, de l’esprit de secte, de la violence et de la bêtise, phénomènes qu’ils auront tous à combattre un jour. »

Certes. On peut toutefois s’inquiéter de voir les incidents de ce type se multiplier, tout comme se multiplient les menaces et les agressions physiques et verbales. Ainsi, François Hollande vient, une seconde fois, de s’y frotter. Venu à Montreuil, fief rouge s’il en est, pour y signer, là encore, son dernier livre Leur République, il a été pris à partie par une douzaine de manifestants hurlant « Hollande dégage ! », « Loi Travail » ou « Justice pour Adama » ou encore « Les enfants n’écoutez pas Pinocchio ». On aurait pu s’attendre à ce que l’on vire les importuns. C’est François Hollande qu’on a « exfiltré ». « Il n’y avait pas de réelle volonté d’en découdre, il s’agissait de militants locaux d’extrême gauche qui étaient surtout dans l’intimidation », a déclaré à l’AFP l’un des policiers qui l’escortaient.

And so what? comme on dit chez nos voisins. Et alors, quoi ? Les a-t-on arrêtés pour leur expliquer deux trois choses sur la vie des bêtes ?

Je reprends le papier de Bernard Quiriny, daté d’il y a trois mois. Il écrivait, toujours à propos des universités : « On n’en est pas à la situation de certains campus américains où règne, paraît-il, une ambiance de terreur digne des belles heures de la RDA, mais on en prend le chemin. » Faisant un brin d’anticipation, il poursuivait ainsi : « Peut-être que, d’ici quelques années, les journaux ne titreront plus sur les cours et conférences annulés mais sur ceux qui, par exception, se seront tenus normalement : “Hier, un cours d’histoire a eu lieu sans encombre à l’université -23. Le professeur, ravi mais choqué, témoigne”. » Idem pour les signatures, les conférences, les concerts, les pièces de théâtre…

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