Culture - Editoriaux - Médias - Musique - Télévision - 25 septembre 2018

Histoires de corne à cul (suite) : après Éric Zemmour, Charles Consigny…

Il va falloir s’y faire : chaque week-end, une histoire de corne à cul télévisuelle pour meubler l’actualité. Une version moderne et cathodique de “Cest çui qui l’dit qui y est”.

La méthode est bien rodée : Je te provoque, tu me réponds, je crie « Au secours, il m’agresse ! Je suis discriminé ! », et en route pour la gloire. Le gros problème, désormais, pour les visages pâles, c’est donc de résister à la provocation. Sinon, gare au scalp…

Histoire de faire monter la mayonnaise et l’audience, on a eu Ardisson/Zemmour/Hapsatou dimanche dernier, et donc, puisqu’il en faut pour toutes les chaînes, Ruquier/Kiddy Smile/Consigny ce samedi. En français vernaculaire, ça s’appelle le « hate watching ».

Le grand Black qui expose son poitrail à moquette fournie dans l’échancrure de sa veste en lamé or, le barbu-tondu qui revendique sa culture et sa posture “queer” porte un prénom qui ravirait Zemmour : il ne s’appelle pas Kiddy mais Pierre-Édouard. Je viens de consulter sa fiche Wikipédia car je ne vous cache pas que la vie autant que la production musicale de Pierre-Édouard m’étaient jusqu’ici parfaitement inconnues, et le redeviendront aussitôt ce papier terminé. Lui et moi ne sommes pas du même monde. Le mien est plutôt du côté de Bach et de Debussy. Nul n’est parfait.

Sans doute étions et sommes-nous fort nombreux à ne connaître de l’individu que son “coup” de juin dernier. Le 21 juin, fête de la Musique, invité à participer au premier concert électro à se tenir dans la cour d’honneur du palais de l’Élysée, Pierre-Édouard Hanffou, alias Kiddy Smile, arborait un tee-shirt sur lequel il était écrit : « Fils d’immigrés, noir et pédé. »

C’est que le garçon se présente comme artiste “engagé”. En lutte pour ses frères de couleur à tendance arc-en-ciel. Son geste digne des tranchées de 14 signait donc son engagement contre la loi Asile et Immigration, alors en plein débat à l’Assemblée nationale. Couillu, Pierre-Édouard !

Et surtout doué pour la pub. Car s’il n’a pu bloquer la loi en question, son tee-shirt l’a, au moins, fait connaître et lui a offert la reconnaissance du milieu LGBT avec son titre “Let A B!tch Know” (tout un programme !). C’est lui qui le dit : “Les Blancs me disaient qu’ils trouvaient ça super, les personnes de couleur m’ont dit merci car elles ont pu voir une représentation d’elles-mêmes” (sic).

Le voilà donc chez Ruquier pour présenter son dernier album, One Trick Pony, face à Charles Consigny. Le chroniqueur reprend la belle histoire de Pierre-Édouard, le fils d’immigré de banlieue qui porte la croix de son homosexualité, et lâche ceci : « Quand vous dites “fils d’immigrés, noir et pédé” et que c’est difficile d’être noir, difficile d’être pédé, quand vous êtes dans cette revendication-là… moi, je suis juste un peu plus circonspect parce que je pense qu’en réalité, les choses ont beaucoup changé ces derniers temps, notamment dans les domaines de la mode, de la musique, de la télé, des médias. Aujourd’hui, en réalité, c’est presque plus facile de réussir quand on est fils d’immigrés, noir et pédé que quand on est fils de Français “de souche”, blanc et hétérosexuel… »

Horreur et putréfaction ! Arrive, donc, ce qui devait arriver : le Consigny au pilori ! Les belles âmes en émoi : comment peut-on, comment ose-t-il, etc. et bla-bla-bla…

C’est marrant, parce que ces propos sont très exactement ceux qu’avaient tenus les amis socialistes de Harlem Désir lorsque, éjecté de son poste de secrétaire général du PS pour cause de nullité absolue, il fut bombardé secrétaire d’État chargé des Affaires européennes dans les gouvernements Valls et Cazeneuve sous François Hollande…

Et c’est, à peu de choses près, également – couleur en moins – l’esprit de la tirade du dénommé Marcel Campion sur Bruno Julliard, le garçon qui passa directement des bancs du lycée à la mairie de Paris et aux cabinets ministériels…

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