Culture - Editoriaux - Théâtre - 7 mai 2019

Hier un village, à Flagnac : et si l’on soutenait les beaux spectacles de la France périphérique ?

On l’a promis, croix de bois croix de fer, on va désormais tailler dans les dépenses, prendre aux riches pour donner aux pauvres, cesser de ne penser qu’à la France (des métropoles) égocentrique pour favoriser enfin la France périphérique, en finir, tiens, par exemple, avec les niches fiscales.

Mais il y a bien d’autres niches, aussi royales ! Celles de la culture, par exemple, dont le budget, on l’a dit à l’occasion de l’incendie de Notre-Dame, subventionne beaucoup moins le patrimoine que la création. Et quelle création… Notamment dans le registre théâtral, notre ami Jean-Pierre Pelaez nous rappelle souvent son indigence dans ces colonnes.

Dans le même temps, d’autres spectacles que nos mandarins des ministères appellent avec dédain « divertissements » populaires croissent humblement, dans l’ombre et sans presque aucune aide, grâce à la seule force du poignet de leurs initiateurs et à l’enthousiasme du public.

Il était une fois un instituteur aveyronnais qui était allé au Puy du Fou. Dans son village de Flagnac, il entreprit à son retour, avec l’aide de 600 bénévoles, de monter un humble spectacle nommé sobrement « Hier un village » qui, lui, serait circonscrit entre 1920 et 1930. L’idée est simple autant que pédagogique (il n’est pas maître d’école pour rien) : « Raconter l’histoire de nos grands-parents, interprétée par 350 figurants… une histoire simple, authentique, chargée d’émotion… une vraie poésie rurale à découvrir. »

Il y est question de paysannerie au fil des saisons, de moissons, d’élevage et de vendanges, mais aussi de travail à la mine – Decazeville n’est pas loin. Il y est question de vie, de mort, de souffrances, de sacrifices et de joies simples, d’enterrements, de mariages et de messes de minuit, avec toujours l’église au fond du paysage.

38 ans que cela dure. Les sept représentations estivales attirent 20.000 spectateurs, par le seul bouche-à-oreille.

Plus encore, elles soudent le village, petits et grands, jeunes et vieux, chacun œuvrant durant des mois dans sa spécialité, qu’il soit côté coulisses ou côté scène. Elles dynamisent les quelques commerces, plutôt nombreux pour un bourg de moins de 1.000 habitants – une épicerie, un tabac, un restaurant, une épicerie -, que le village a gardés. Avant le spectacle, un repas traditionnel rouergat – aligot saucisse – est d’ailleurs proposé à la salle des fêtes. Le vivre ensemble bien compris, c’est ici.

Plus que tout, elles transmettent. Une identité, un patrimoine immatériel, une connaissance du passé que l’on ne trouve plus dans les programmes de l’Éducation nationale.

Comme le Puy du Fou, mais d’une autre manière, c’est un livre d’histoire à ciel ouvert. Qui fait rêver et donne des frissons. La France périphérique, qui est aussi la France véridique, ne se relèvera qu’en retrouvant la fierté de ce qu’elle est et de ce qu’elle a donné.

Bien sûr, il est d’autres initiatives comme celle-là, dans d’autres Flagnac à travers la France. Fort peu sont subventionnées ou relayées par les médias « mainstream ». Pour information, si l’on en croit Le Canard enchaîné du 30 avril, le documentaire consacré à Bernard-Henri Lévy et à sa pièce-monologue Looking for Europe « a bénéficié de 300.000 euros de Canal+, de 230.000 euros de France 3 et encore de 200.000 euros d’Arte ». À chacun de choisir comment il souhaite se divertir, s’instruire et ce qu’il veut soutenir.

Les représentations de « Hier un village » auront lieu les 25, 26, 27 juillet et les 1, 2, 3 et 5 août 2019. Il est déjà possible de réserver.

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