Editoriaux - Société - 30 mars 2019

Heure d’hiver : ton heure a-t-elle sonné ?

Heure d’hiver, ton heure a-t-elle sonné au détriment de celle d’été ? Ce choix est plébiscité par 59 % des Français qui ont répondu à la consultation lancée par l’Assemblée nationale en février dernier. Leur positionnement est fort simple : ils pourront ainsi profiter davantage de leurs soirées d’été. Pas si sûr !

Plusieurs études montrent les conséquences néfastes sur l’organisme humain lors des changements d’heure, notamment sur le sommeil et la santé plus généralement, selon le chronobiologiste et chercheur à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) Claude Gronfier. Ce dernier explique l’importance de rester le plus possible en phase avec le soleil car nous évoluons sous l’influence du cycle lumière/obscurité. Tout le monde a constaté la difficulté de se lever lorsqu’il fait encore nuit. Si nous gardons l’heure d’été, dans certaines villes les plus à l’ouest en France, ces habitants verront poindre le soleil vers dix heures du matin en hiver… dur, dur ! Mais ce n’est pas tout : nos organismes seront perturbés également le soir car le fonctionnement de notre société nous pousse à nous coucher de plus en plus tard, ce qui risque d’aggraver notre manque de sommeil et nous rendre moins vigilants. Le Dr Gonfier reprend, pour étayer ses dires, une étude réalisée en 2017 aux États-Unis qui compare les taux de cancers diagnostiqués sur un même fuseau horaire. Cette étude révèle que certains types de cancer sont plus importants sur les personnes bénéficiant d’une moindre lumière le matin. Les Français pourront trinquer à leur santé entre amis lors des longues soirées d’été… et c’est les professionnels du tourisme qui se frottent les mains, espérant bien que le soleil brille encore plus pour tout le monde.

Quoi qu’il en soit, de nombreux pays ont tenté, avant la France, de se caler sur l’heure d’été. Mal leur en a pris puisque, comme la Russie en 2014, ces pays ont fait marche arrière pour revenir à l’heure d’hiver.

En attendant, cette question sera débattue par l’Assemblée nationale et la France devrait cesser de changer d’heure en 2021 afin d’harmoniser les décalages avec les autres pays d’Europe. Cette question méritait toutefois d’être posée car l’origine de ces changements d’heure résidait dans la recherche d’économies d’énergie durant le choc pétrolier en 1973-1974. Et les effets de cette mesure sont plus que mitigés et difficilement quantifiables. Les heures de travail ont été alignées, ainsi, sur les heures d’ensoleillement afin de réaliser des économies, notamment en éclairage. En 2009, cette mesure faisait économiser à la France 0,3 % de la consommation d’électricité. Aujourd’hui, ce changement paraît de moins en moins justifié car son pendant est l’accroissement en besoin de chauffage les matins de printemps et en climatisation les soirs d’été.

La suppression de ce dispositif – souhaitée par 80 % des Français – est néanmoins une compétence européenne et il est grand temps que le gouvernement s’empare vraiment des grands dossiers écologiques – et la synchronisation ou pas de notre vie sur le soleil est une question essentiellement écologique – non sous l’aspect financier (comprendre libéral) mais humain, car la nature et ses ressources ne se marchandent pas. Car si l’on sait, depuis Galilée, que la Terre tourne autour du Soleil et non le contraire, on a malheureusement trop souvent le sentiment que les hommes sont des satellites de l’économie et non l’inverse. La révolution copernicienne en la matière reste à faire !

Pour l’heure, laissons le soleil là où il est et, en attendant, rappelons aux Français qu’ils ont la possibilité de remettre les pendules à l’heure, non pas dans la nuit du 30 au 31 mars, mais le dimanche 26 mai en rappelant à Jupiter qu’il n’est, lui aussi, qu’un simple satellite du Soleil !

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