Editoriaux - Education - 5 juillet 2019

Harcèlement scolaire : si les professeurs s’y mettent, on n’est pas sorti de l’auberge !

Sur le harcèlement scolaire, tout a été dit, ou presque. Il existe depuis que l’école a été inventée, il s’est développé avec les réseaux sociaux. Ce qui est nouveau, c’est que, si l’on en croit Le Parisien, des professeurs pourraient y avoir leur part.

On se souvient du drame survenu, le vendredi 21 juin, où une fillette de 11 ans a été retrouvée pendue à son lit. Selon ses parents, elle était victime de harcèlement, non seulement d’élèves, mais d’un de ses professeurs. Selon des témoignages rapportés, il la traitait de « folle » ou de « nulle » chaque fois qu’elle n’arrivait pas à faire quelque chose. Ce comportement, s’il est avéré, pose un problème sur le recrutement des enseignants. Fût-il unique en son genre, un tel professeur n’aurait jamais dû se trouver devant des élèves.

Il ne s’agit pas d’abonder dans le sens des soi-disant experts en éducation qui prétendent que, chez un professeur, la pédagogie doit l’emporter sur la science. La première compétence pédagogique consiste dans la maîtrise de sa discipline. S’il est vrai qu’un professeur, aussi érudit soit-il, n’est pas nécessairement un bon enseignant, celui qui ne domine pas sa matière ou n’a qu’une leçon d’avance sur ses élèves peut être un bon démagogue, il ne sera jamais un bon pédagogue.

C’est pourquoi les concours de recrutement doivent, à la fois, recruter les meilleurs étudiants et s’assurer qu’ils sont capables de comprendre leurs élèves et de se mettre à leur portée. Ce ne sont pas des épreuves dites « professionnelles » à l’oral des concours, devant des jurys composés de professeurs chevronnés, qui suffisent à déterminer si un candidat possède ces qualités. Tout au plus répétera-t-il des recettes qu’on lui aura apprises, mais dont il n’aura jamais eu l’expérience concrète.

Il fut un temps, pas si lointain, où les étudiants, pour se présenter à l’agrégation, devaient auparavant avoir accompli un stage de quelques semaines dans une des classes d’un professeur expérimenté. Il est facile de s’apercevoir si un étudiant à les qualités indispensables pour instruire des collégiens ou des lycéens. Il suffit, comme le disait le proviseur d’un lycée à des stagiaires, d’aimer les enfants, de savoir les comprendre, d’associer des qualités humaines aux qualités intellectuelles.

Il faut reconnaître que la majorité des professeurs possèdent ces qualités. On oublie, en revanche, de souligner que des enseignants eux-mêmes sont parfois victimes de harcèlement. De certains élèves, qui profitent d’une faiblesse passagère pour les chahuter et leur faire perdre toute confiance en eux. De certains chefs d’établissement ou inspecteurs qui, loin de les soutenir, prennent le parti des élèves contre les professeurs, sapant encore plus leur autorité. De parents, qui donnent systématiquement raison à leurs chérubins. Parfois, hélas, de leurs pairs.

Le harcèlement à l’école est un symptôme aigu de la crise de l’enseignement. Crise du recrutement, qui fait que les meilleurs étudiants se détournent des concours ou démissionnent après quelques années d’exercice. Crise de confiance entre les professeurs et leur hiérarchie, qui empiète sur leur liberté pédagogique, leur déniant toute autonomie personnelle. Crise de reconnaissance, tant les ressources humaines, avec la complicité de certains syndicats, semblent indifférentes aux qualifications et aux compétences.

Le seul moyen de s’en sortir serait de restaurer, dans l’enseignement, l’esprit des hussards noirs de la République. Pour atteindre cet objectif, chacun doit y mettre du sien. Faute de quoi, les établissements ne rivaliseront pas en excellence mais en médiocrité.

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