Audio - Editoriaux - Entretiens - Politique - 27 mai 2019

Guillaume Bernard : « Emmanuel Macron a un boulevard devant lui s’il n’y a pas de recomposition sur la droite du spectre politique »

Au lendemain des élections européennes, analyse de Guillaume Bernard au micro de Boulevard Voltaire.

Au lendemain de ces Européennes, peut-on parler de victoire du Rassemblement national ?

D’une certaine manière, c’est une victoire. Ils sont premiers et retrouvent à peu près leur score de 2014, alors qu’il y a un an, ils n’étaient qu’à 17 %. Il y a donc une réelle progression. Avec l’augmentation de la participation, ils ont plus de voix qu’en 2014. Pour autant, l’écart entre le Rassemblement national et LREM est extrêmement faible. Le positionnement de LREM au centre de l’échiquier politique fait qu’on se retrouve a priori dans une situation où Emmanuel Macron est dans la situation la plus confortable pour rassembler les modérés des deux camps, pour pouvoir à nouveau l’emporter à la présidentielle. S’il n’y a pas une dynamique et une recomposition de la droite du spectre politique, Emmanuel Macron a de fortes chances d’être réélu. Par conséquent, c’est une victoire à la Pyrrhus pour le Front national, s’il n’arrive pas à constituer avec d’autres tendances de la droite une force politique alternative.

Emmanuel Macron s’est investi personnellement dans cette campagne au point que la tête de liste Nathalie Loiseau a été médiatiquement évincée.
Peut-on parler de défaite personnelle pour Emmanuel Macron ?
Devrait-il dissoudre le gouvernement, voire l’Assemblée nationale ?

À partir du moment où LREM, qui était un parti politique inexistant il y a quelque temps, confirme des résultats au-dessus de 20 % quasiment partout en France, on voit mal comment Emmanuel Macron pourrait considérer cela comme une défaite. D’autant plus que les Verts ont réussi à largement surpasser toutes les autres composantes de la gauche. Ces verts sont pour l’essentiel des libéraux libertaires sur bien des sujets. Ils sont donc susceptibles d’être une force pour Emmanuel Macron.
Même si Macron est arrivé en 2e position et qu’il a perdu le duel que lui même avait imposé, il sort renforcé de cette consultation électorale.

Visiblement, l’effet Bellamy n’a pas fonctionné. La liste Les Républicains est arrivée à 8,5 %. Quand on sait que ce parti a été au gouvernement pendant trente ans, on mesure le chemin qu’il leur reste à parcourir…

Il faut bien comprendre ces résultats. D’abord il y a eu une participation de 8 points supplémentaires par rapport à ce qu’il était envisagé. Il est certain que l’électorat populaire, qui se désintéresse habituellement des Européennes, est allé voter. De toute évidence, cet électorat n’est pas allé voter pour LR. D’autre part, l’électorat âgé, par peur du désordre, a glissé vers LREM, vers Macron.
Par conséquent, le score de LR et de François-Xavier Bellamy reflète le fait qu’il y ait incontestablement un électorat conservateur en France. Cet électorat-là est perdu, par le fait que la liste de François-Xavier Bellamy présentait une forme d’incohérence. François-Xavier Bellamy n’a pas commis d’échec au soir des élections européennes. En revanche, la liste qu’on lui a demandé de mener, présentait une incohérence doctrinale entre les positions personnelles et l’identification idéologique de ses colistiers. Par conséquent, les électeurs ont refusé de se prononcer pour lui. Soit, ils sont allés vers le libéralisme, soit, ils ont glissé vers le souverainisme et la liste du Rassemblement national. La leçon essentielle de ces élections est qu’Emmanuel Macron a un boulevard devant lui pour être réélu en 2022. S’il n’y a pas de recomposition, non pas des alliances, non pas un ralliement, mais bien une réorganisation des forces politiques sur la droite du spectre politique sur la base de valeurs et de principes communs, on retrouvera les mêmes problématiques qui se sont égrenées depuis la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012. La recomposition de la droite est nécessaire sur la base de valeurs et non pas d’alliances.

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