Editoriaux - International - 11 décembre 2019

Guerre en Afghanistan : les USA pris en flagrant délit de mensonge d’État

Il fallait bien que, tôt ou tard, l’imposture éclate au grand jour à propos de l’ubuesque équipée militaire américaine en et les mensonges d’État ayant permis de jeter un voile pudique sur le désastre. Soit dix-huit ans de guerre, des centaines de milliers de victimes locales et, accessoirement, 2.300 morts, sans oublier 20.000 blessés dans le camp américain. Le tout pour un résultat politique pas très éloigné du zéro pointé.

Tel est le constat révélé par le Washington Post au terme d’une longue enquête commençant à faire grand bruit outre-Atlantique. L’ironie de la situation, c’est que ce sont les qui ont laissé l’URSS s’enliser dans le bourbier afghan, pièce centrale du grand jeu géopolitique sur le continent. Les Américains auraient pu en tirer les leçons ? Ils ont exactement fait comme s’ils n’avaient rien appris de cette guerre perdue d’avance par leurs ennemis d’alors ; l’Afghanistan étant terre quasi imprenable depuis l’échec des armées d’Alexandre le Grand, celui des Anglais, et encore doit-on en oublier.

Cette ironie se révèle plus cruelle encore lorsque l’on se rappelle qu’à la prise du pouvoir à Kaboul par les talibans, en 1996, il n’y avait que deux capitales au monde pour reconnaître leur légitimité : Riyad et… Washington.

Fort du chèque en blanc des attentats du 11 septembre 2001, la Maison-Blanche part donc en « croisade » contre Al-Qaïda. Mais, note le Washington Post, « il n’y avait pas de consensus sur les objectifs de guerre et encore moins sur la façon de mettre un terme au conflit ». Il est vrai qu’en la matière, s’il est plus facile de gagner la guerre que la paix, la puissante armada états-unienne aura échoué sur les deux fronts.

Et ce même journal de révéler les messages de Donald Rumsfeld, secrétaire d’État à la Défense, durant ces années sombres, dans lesquels il laisse de la sorte entrevoir son désarroi : « Je n’ai pas de visibilité sur qui sont les ennemis », ce qui est tout de même l’enfance de l’art, à la fois politique et guerrier. Plus lucide, cet ancien ministre afghan : « Les étrangers lisent les cerfs-volants de Kaboul dans l’avion. Alors, ils pensent qu’ils sont des experts sur l’Afghanistan et ils n’écoutent rien. La seule chose dont ils sont experts, c’est la bureaucratie. »

Et c’est ainsi que ce subtil mélange de cynisme et d’angélisme, sorte de marque de fabrique de la future ex-première puissance mondiale, aboutit aux résultats qui suivent. Tandis que l’Afghanistan produit 82 % de l’opium consommé dans le monde – les talibans avaient, naguère, éradiqué sa production, ce qui est au moins à mettre à leur crédit –, autour de 900 milliards de dollars ont déjà été injectés dans une hypothétique reconstruction du pays. Soit, en tenant compte de l’inflation, un pactole supérieur à celui du plan Marshall en Europe, dans l’immédiat après-guerre.

Où est passé ce pactole ? Pour Ryan Crocker, ancien ambassadeur américain à Kaboul et interrogé par le Washington Post : « Vous ne pouvez pas mettre ces montants dans un État très fragile et ne pas alimenter la corruption. » C’est d’autant plus vrai que 30 % des policiers locaux, dont la formation a été financée par les USA, ont déserté pour se mettre à leur propre compte, créer leurs check-points privés afin de mieux rançonner leurs compatriotes.

Même échec quant à la charmante tentative de démocratiser et de créer un État fort et centralisé, à grands coups d’élections, en un pays où la vie politique est régie par les allégeances tribales, les appartenances religieuses et les liens familiaux. Et c’est là que réside peut-être le cœur du problème américain dans ses tentatives d’expansions à tous crins : celui consistant à imaginer que des milliards de petits Terriens ne puissent rêver que d’adopter leur mode de vie.

Pour cacher cette réalité, la Maison-Blanche aurait donc menti des années durant, tel qu’elle l’a fait durant la guerre du Vietnam. On sait comment tout cela a fini. C’est qui doit rigoler.

À lire aussi

Sous pression internationale, quel avenir pour l’Iran ?

Il y a aussi l’usure du pouvoir. …