Soyons clairs tout suite : je ne sais pas si la « main de » est derrière le GriveauxGate. Par contre, ceux qui l’excluent et moquent cette hypothèse me semblent d’une naïveté déconcertante. Le faisceau d’indices laissant à penser que la Russie est impliquée dans cette affaire est bien plus important que celui qui pourrait démontrer le contraire.

Pour mémoire, , dès 16 ans essaye d’entrer au KGB, où il officiera de 1975 à 1991. Espion en Allemagne, dans les années 80, il chercha à retourner un professeur via un chantage avec des éléments pornographiques. En 1998, il passe de directeur du FSB (ex-KGB) à président du gouvernement de Russie en à peine un an. Il a été façonné et mis au pouvoir par le KGB. KGB qui était le principal service de renseignement et d’espionnage de l’URSS, le régime totalitaire qui a le plus fiché, surveillé, contrôlé et manipulé ses citoyens.

Tout le long de ses mandats, des opposants accusent Poutine de publier des vidéos pornos d’eux pour les compromettre. En 2010, Le Figaro et Slate se feront l’écho de scandales, en Russie, où une jolie fille contactait des politiques sous couvert d’interview (comme Alexandra de Taddeo), puis publiait leurs ébats sur un site dédié, dont le créateur était « le comité public pour la défense de la loi, de la morale et de l’entente civile ». Toute ressemblance avec Alexandra de Taddeo et Pavlenski (reprochant à Griveaux de mentir en « s’appuyant en permanence sur les valeurs familiales ») est purement fortuite ?

Certains diront que la Russie n’est pas assez bête pour réutiliser le même procédé. Mais c’est bien mal connaître les objectifs de ce type d’actions, qui doivent être signées pour être efficaces. En Russie, les opposants, victimes de ces procédés, sont des élus de seconde zone. Le but n’est pas d’écarter un concurrent gênant mais d’instaurer un climat de peur, une épée de Damoclès invitant chaque élu à la bienveillance envers Poutine. Un élu de seconde zone, attaqué via une sextape, provoquant une panique chez tous les autres élus, cela ne vous rappelle rien ?

Mais pourquoi le faire en France ? La France est un membre important de l’ONU, l’OTAN et l’Union européenne. Actuellement, il y a deux dossiers de grande importance stratégique pour la Russie : l’Ukraine et Nord Stream 2. Or, Moscou compte sur Paris pour imposer son plan de paix à l’Ukraine. Il est prioritaire, pour Poutine, que toutes les forces politiques françaises soient bienveillantes et non « regardantes » sur le contenu du rapprochement franco-russe voulu par Macron.

La Macronie souligne que Griveaux est un lieutenant de Macron et que c’est donc une attaque contre le Président. Nous pourrions aussi considérer que Griveaux était un boulet pour Macron, qu’il allait lui infliger une défaite cinglante à Paris, ville ayant élu Jupiter. Il est, aussi, étrange que Pavlenski n’ait pas balancé la vidéo le 27 février, date du dépôt des listes électorales, ce qui aurait empêché tout candidat de LREM de participer à l’élection.

La totalité des commentateurs indiquent qu’au regard de son CV, il est impossible que Pavlenski soit un agent russe. Mais l’histoire du KGB est remplie de retournements de personnes improbables. Surtout, est-il possible que les renseignements russes n’aient pas été au courant de la machination de Pavlenski ? Comment croire qu’un dissident du niveau de Pavlenski ne soit pas espionné ? Alors qu’il est immergé au cœur de la bonne société et l’intelligentsia parisiennes ? Et en liaison avec les leaders des gilets jaunes ?

En France, personne ne croit au complot russe. Dans les pays de l’Est, personne n’en doute. Dans tous les cas, si ce n’est pas « la main de Poutine qui était dans la culotte de Griveaux », il est difficile de ne pas y reconnaître sa patte.

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