Les sortants sont fébriles. Ils tournent dans les rues et rentrent dans des cafés où ils ne mettent jamais les pieds d’habitude pour haranguer le commensal. Un ami qui buvait tranquillement une bière au comptoir s’est ainsi fait apostropher par une tête de liste socialiste de l’arrondissement. Présentation faite, il lui fait remarquer qu’ils sont quand même quatre listes à représenter la gauche. Et là, la donzelle qui aurait pu être la charmante assistante d’un arracheur de dents qui vous dit que tout va bien se passer lui rétorque, les yeux dans les yeux, ce que venait de lui souffler l’un des cerbères qui était à ses côtés, à savoir qu’ils sont la seule liste de gauche. « C’est surtout la liste dont la majorité des Parisiens ne veulent plus », renchérit-il. « Dix-neuf ans de délire, d’irresponsabilité et de gabegie. La saleté, les rats, les embouteillages, sans parler de l’endettement faramineux de la ville », poursuit-il, remonté par la morgue des partisans de Hidalgo qui, déjà, tournent les talons, tandis qu’un supporter du goguenard hurle « Pariiis… c’est Dati ».

L’ami en question voulait se faire plaisir avec un vote coup de gueule pour un marchand forain, mais il s’était ravisé, il voterait utile. Dati redonnait espoir à ce nostalgique des motocrottes qui faisaient disparaître les excréments canins de nos trottoirs, du temps de Chirac et Tiberi.

Un gendarme m’a expliqué qu’à l’époque, il y avait l’onde verte. Si vous respectiez les limitations de vitesse, les feux passaient au vert au fur et à mesure pour favoriser la fluidité de la circulation. Puis, sous Delanoë, vint l’écologiste Denis Baupin, dit la pieuvre (à cause de sa main verte qui faisait rougir ces dames) : encouragé par Hidalgo, il a littéralement fabriqué les embouteillages.

Villani, ancien soutien de la socialiste Hidalgo, continue sa descente, les Parisiens savent bien qu’un intellectuel qui a réponse à tout ne fera jamais un bon maire au service de tous. Alors, il fait du pied à Belliard, le Vert au drapeau arc-en-ciel qui fleure bon la gauche Terra Nova.

L’étiquette socialiste ne faisant plus vendre, elle devient macroniste. Curieuse époque où tout le monde veut de la traçabilité, de la vérité sur l’étiquette, mais pratique le réétiquetage mensonger en politique. Buzyn, LREM, ancienne conseillère de Hollande, remplace le strauss-kahnien Griveaux pour briguer la , rejointe par le socialiste Gaspar Gantzer, chef du pôle communication de l’Élysée sous Hollande. Les macronistes s’appellent « majorité » à Paris comme les léninistes étaient bolcheviks [majoritaires] au pays des Soviets.

« Il n’y a qu’une chose qui est incontestable pour l’instant : c’est la dynamique qui existe en faveur de », nous dit Olivier Bost, de RTL. Pauline de Saint-Rémy poursuit : « Pas moins de trois l’ont montré ces deux derniers jours. Dans celui d’Odoxa, la candidate LR vire même pour la première fois en tête des intentions de vote, devant Anne Hidalgo, à 25 %. Dans celui d’Ipsos, elle gagne 6 points de bonnes opinions en un mois, à 41 %. »

Reste qu’il y a 17 d’arrondissement. Pour gagner, Dati doit conserver tous les arrondissements que la droite avait gagnés en 2014 et conquérir, par exemple, le 12e et le 14e. Puisse Dieu lui venir en aide. Dix-neuf années sous le joug socialiste. Les Parisiens qui ont souffert devant leur cathédrale en flammes ont assez fait pénitence. Paris vaut bien une messe, avait déclaré notre bon roi Henri. Rachida Dati y va tous les dimanches, dit-on.

Les Parisiens n’ont plus qu’à promettre le plus bel ex-voto, en attendant le « Te Deum » résonnant des profondeurs de Notre-Dame, cathédrale d’un Paris libéré.

23 février 2020

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