Le moins qu’on puisse prétendre du maire du Mans, ancien porte-parole du sous François Hollande, est qu’il a le verbe précis et le constat lucide ; ce qui n’est guère surprenant, s’agissant d’un des derniers représentants d’un jadis enraciné dans le terroir. Ainsi, dans un long entretien accordé au Point, le 6 février dernier, annonce-t-il : « Une candidature unique de la gauche n’est pas faisable. »

Il est vrai que les années Mitterrand sont désormais bien lointaines. Lui parlait aux arbres et au peuple de gauche (même un peu à celui de droite), tandis que ses héritiers putatifs ne savent plus causer que sur les réseaux sociaux. Bref, l’homme de Jarnac sentait la France, à tous les sens du terme. Les autres ? Ils ne sentent plus grand-chose, hormis le roussi.

À en croire un sondage Ipsos-Sopra Steria, cité par cet hebdomadaire, une candidature PS- ne totaliserait donc que 16 % au premier tour de la prochaine élection présidentielle. Et Stéphane Le Foll d’ajouter : « Quand je vois que la gauche rassemblée, compris, est à moins de 30 %, je me dis que cette gauche-là a plus un problème de message que d’alliances. » En effet, poursuit-il : « Si les 70 % restants sont composés des candidats de droite – d’Emmanuel à Dupont-Aignan en passant par Marine Le Pen –, nous sommes à 70 % de bloc de droite contre 30 % de gauche unitaire. »

Mais où est donc passé le PS ? Il est facile de répondre à cette question qui, étrangement, ne lui est pas posée : sa base populaire est partie chez Marine Le Pen, parfois après escale chez Jean-Luc Mélenchon, alors que son électorat CSP+ a rallié Emmanuel Macron. Ne restent donc plus que quelques irréductibles persistant à voter socialiste, tel le canard continuant de courir alors que sa tête lui a été coupée depuis belle lurette.

En revanche, Stéphane Le Foll parle d’or quand il estime que cette « candidature unique » n’est, pour le moment, pas « faisable pour la simple et bonne raison que les questions de fond ne sont pas tranchées ». Lesquelles sont le souverainisme, la croissance et l’Europe, « les trois interrogations des Français qui vont irriguer le débat public ». On notera qu’il néglige ces trois autres interrogations tout aussi majeures que sont la déferlante migratoire, l’insécurité galopante et la question identitaire ; mais on ne saurait faire tir groupé dès le premier coup…

Ce, d’autant plus que s’il met la « croissance » au rang de ces « interrogations », c’est avant tout pour complaire au très volatil électorat écologiste, tout en se posant en même temps la question qui tue concernant « le risque de se tromper sur les aspirations des couches populaires insécurisées qui n’ont pas de marge de manœuvre. Que va-t-on leur dire ? Soyez un peu plus sobres ? Elles vous répondront : “Attendez, nous, on l’est déjà”. C’était très frappant chez les gilets jaunes. Ils avaient raison. »

De fait, malgré son indéniable clairvoyance politicienne, il y a trop d’angles morts politiques dans la vision du premier des Manceaux pour que ses paroles aient une chance de se concrétiser dans les urnes. D’un côté, la vision d’Oliver Faure, le soldat inconnu du Parti socialiste, qui affirme que peu importe d’où venait le candidat, pourvu que nous soyons rassemblés, et la sienne : « Si cela consiste à dire qu’il faut supprimer l’histoire socialiste pour gagner, alors, c’est une erreur. »

Pile je gagne, face tu perds, en d’autres termes, sachant que l’histoire du socialisme, depuis 1981, a précisément été celle du renoncement à tous ses fondamentaux d’origine. Car si, à la même époque, la droite a trahi la nation, cela n’a en rien empêché la gauche d’abandonner le peuple.

En ce sens, le parti pour lequel se bat notre gaillard, non sans verve ni panache, n’est ni plus ni moins qu’un cadavre qui comptera bientôt plus d’élus que d’électeurs. D’où ses funérailles en grande pompe annoncée ; pompe funèbre, il va sans dire.

8 février 2021

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